Comment calculer ses tarifs en freelance ?


Pour beaucoup, monétiser son blog implique de proposer des prestations, qu’il s’agisse de rédaction web, de community management, de graphisme, de formations diverses et variées. La question se pose forcément à un moment donné : comment fixer ses tarifs de freelance ?

Quand je me suis lancée en indépendante pour la première fois, j’avais 20 ans, presque aucune expérience du monde professionnel si ce n’est quelques jobs d’été dans des hôpitaux… et j’ai fait beaucoup d’erreurs en calculant mes tarifs ! Assez naïvement, j’avais évalué combien je voulais gagner et j’avais divisé cette somme par le nombre de jours travaillés dans un mois, comme si j’étais une salariée ordinaire !

Or, quand on est freelance, on doit aussi prendre en compte beaucoup d’autres éléments ! J’ai décidé, dans cet article, de partager avec vous le cheminement que j’ai quand il s’agit de calculer ses tarifs en freelance dans le cas des métiers du web qui n’exigent pas beaucoup d’investissement au départ.

1) Déterminez votre rémunération minimum et votre rémunération idéale

On a tous un salaire minimum en-deçà duquel on ne peut pas vivre correctement et payer ses factures. Il dépend de votre loyer, de vos charges, etc. De même, on a tous un salaire idéal, qui dépend davantage de votre niveau de vie et de vos habitudes : vous aimez sortir souvent au restaurant, vous ne pourriez pas vous passer de votre carte cinéma illimitée, etc. Essayez d’estimer ces deux salaires.

2) Calculez combien vous devez facturer pour obtenir la rémunération en question

Selon votre statut (micro-entrepreneur, portage salarial, etc), les charges ne sont pas les mêmes. Vous devez donc d’abord vous renseigner sur les charges à payer dans votre régime. Il existe par exemple ce simulateur de charges en auto-entrepreneuriat ou ce simulateur de revenus en portage salarial.

Ces charges sont prélevées sur le chiffre d’affaires, c’est-à-dire sur les montants hors taxe que vous facturez.

Par exemple, en portage salarial, pour gagner 2500€ nets par mois, il faut facturer 5230€ HT chaque mois, c’est-à-dire 62760€ à l’année. Oui, c’est beaucoup ! D’où l’importance de bien faire ses calculs !

En auto-entrepreneur, il y a non seulement les cotisations « courantes » mais aussi la cotisation foncière des entreprises (une cotisation annuelle).

3) Évaluez le temps de travail que vous ne facturez pas

C’est l’erreur que j’avais commise en me lançant ! Quand on est salarié, on travaille en moyenne 212 jours par an et quelles que soient nos activités de la journée, elles sont couvertes par notre salaire. En freelance, ce n’est pas du tout pareil : vous devez absolument penser au temps consacré à la prospection, à la communication et à l’administratif.

Le temps passé à vous faire connaître, à alimenter votre site pro, à faire des devis pour des clients potentiels, des factures pour les clients existants, à relancer les mauvais payeurs, etc., fait partie de votre métier et pourtant, personne ne va concrètement vous payer ces heures ! Or, sans ce travail, votre activité est vouée à l’échec.

De même, dans certains métiers, il est courant de devoir travailler gratuitement sur une petite mission en vue de décrocher un contrat. Par exemple, dans la traduction, on va vous demander de traduire quelques centaines de mots gratuitement pour que le client évalue si le niveau lui convient.

Si votre activité est basée sur des missions très courtes, cela vous demandera plus de temps. A l’inverse, certaines missions se déroulent sur plusieurs semaines voire mois, vous aurez alors peu de prospection à faire car vous changerez moins souvent de client.

Travail en freelance

4) Déterminez les jours non travaillés

Il y a forcément des jours dans l’année où vous n’allez pas travailler.

  • Les vacances : même si vous ne les prenez pas au début parce que vous voulez vraiment lancer votre activité, c’est important de les prévoir. Il est très difficile de modifier ses tarifs de manière significative une fois que votre nom circule et que vos premiers clients vous recommandent. Et si aujourd’hui vous n’avez pas besoin de vacances, ce ne sera pas toujours le cas !
  • Les maladies : selon votre état de santé, prévoyez un petit quota de « journées maladie ». La grippe, un virus qui vous met à plat, ça peut arriver aux meilleurs et quand on est freelance, ce sont autant de jours où on ne travaillera pas.
  • Le manque de missions : c’est le lot commun du freelance, il y a des périodes plus creuses que d’autres. Soit parce que les clients ont moins d’activité (en été pour certains, à d’autres moments pour d’autres), soit parce que vous décrochez moins de missions que d’habitude (il y a des concurrents moins chers ou plus rapides, etc). Pensez-y !

5) Calculez le temps de travail effectif

Vous avez à présent les éléments en main pour calculer votre temps de travail réel (TTR) à l’échelle d’une année.

TTR = 212 jours travaillés – [X jours de prospection + X jours de vacances + X journées maladie + X journées de chômage technique]

Par exemple, avec un quota de 10 jours de prospection, 20 jours de congés, 3 jours pour maladie et 20 jours de chômage technique, vous avez un TTR de 159 jours.

Bien sûr, beaucoup de freelances arrivent à travailler plus que ça, en particulier quand vous êtes dans un domaine où les missions durent longtemps.

6) Fixez votre tarif

Il n’y a plus qu’à faire une division ! Divisez le chiffre d’affaires à facturer déterminé à l’étape 2 par le TTR.

Dans mon exemple, 62760€/159 jours => 395€ HT par jour en moyenne. Si vous regardez cette enquête récente sur le tarif des freelances dans le milieu du web ou cette base de tarifs freelance sur le site Freelance-info, vous allez constater qu’on est tout à fait dans les clous !

Pour bien fixer vos tarifs, informez-vous sur le marché

Mon exemple n’a bien sûr pas vocation à s’appliquer à tous les métiers et à toutes les situations. Certains métiers ont plus de charges que d’autres par exemple, notamment si vous devez acheter du matériel, des logiciels (je pense aux graphistes par exemple !), payer des frais de déplacement. Mais j’espère qu’en calculant vos tarifs, vous penserez à prendre en compte les particularités du travail en freelance histoire de ne pas vous brader sur le marché !

Je trouve aussi qu’il est bon de changer ses réflexes de salarié dès sa première année d’activité. Quand on est salarié, on a des revenus réguliers qu’on peut sans problème dépenser puisque l’on sait que le compte en banque se remplira le mois suivant. En freelance, je trouve qu’il est utile de se fixer un niveau de vie de base (comme je l’ai fait dans mon exemple avec les 2500€). Les mois où vous gagnez plus, mettez ce « plus » de côté… pour les mois où vous gagnerez moins ! Par exemple, si en fin d’année vous avez facturé 170 jours au lieu des 159 jours de mon estimation, ça vous fera un petit quota de sécurité pour l’année suivante !

Par ailleurs, vous pouvez affiner vos tarifs en cherchant des études sur la rémunération dans votre marché. Dans beaucoup de métiers, il existe des enquêtes sur le sujet, qui vous donnent une idée de tarifs moyens journaliers des freelances.

D’autres vont plus loin, en demandant des devis à des professionnels du même secteur pour avoir une idée des montants que facturent les concurrents. Visiter des plateformes de freelances comme Hopwork peut aussi vous donner une idée des tarifs journaliers demandés en fonction de l’expérience de chacun.

Pourquoi il ne faut pas paniquer face à ces tarifs

Ces tarifs paraissent énormes mais quand vous faites le calcul, ils ne sont pas si aberrants. J’ai tendance à penser qu’en entreprise, on est beaucoup moins efficace qu’en freelance. Nos missions sont en effet très souvent morcelées : le téléphone qui sonne, une réunion à droite, une demande imprévue à gérer…

Un exemple idiot : imaginons deux rédacteurs d’articles de blog.

  • Micheline Dugenou est salariée en entreprise, elle écrit 2 articles par jour dans le meilleur des cas, entre le téléphone qui sonne, le collègue qui l’interrompt, la réunion pour discuter de ceci ou cela. 21 jours de travail plus tard, elle a produit 42 articles. Elle gagne 2500€ par mois, ce qui coûte en réalité 5000€ à son employeur avec les charges.
  • Gertrude Ducornet est freelance. Dans le calme de son salon, elle n’est pas interrompue et arrive à écrire 3 articles par jour. En 14 jours, elle produit les 42 articles demandés. A 300€ la journée (tarif courant chez les rédacteurs web), ça coûtera à l’employeur 4200 euros. Rentable, d’autant qu’il conservera la liberté de solliciter Gertrude à la demande en fonction de ses besoins.

Quand on débute en freelance, on peut vite culpabiliser de se vendre si cher… mais quand on fait le calcul, on voit bien qu’au final, tout le monde peut en sortir gagnant !


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16 commentaires sur “Comment calculer ses tarifs en freelance ?

  • Anna

    Bonjour,
    Article très interessant !
    J’ai par contre une question qui me taraude depuis quelques temps (je compte me lancer dans les mois prochains) : comment est-ce possible de facturer 5000 euros par mois sur le statut d’auto-entrepreneur ? Le CA ne doit à priori pas dépasser 33100 euros par an ?

    Répondre à Anna
    • Marlène

      Bonjour Anna, où avez-vous lu 5000 euros par mois ? Car je ne vois pas à quoi vous faites référence dans l’article :-/

      Répondre à Marlène
  • Lilie

    Merci Lou pour cet article ! Même si je ne suis pas (du tout) dans le même domaine, je rencontre moi aussi des difficultés pour fixer mes prix, enfin surtout pour les faire accepter par mes clients… Je suis passée par toutes les méthodes possibles, je me suis calée sur la concurrence, j’ai divisé mon salaire idéal par le nombre de jours travaillés (comme tu le fais), j’ai multiplié par 2,5 ma matière première (oui, je crée des vêtements et accessoires pour bébé, on est loin du graphisme, mais que diable, faut que j’en parle ! :-D), mais SYSTEMATIQUEMENT mes clients trouvent que c’est trop cher.

    Je ne te dis même pas le nombre de fois où je reçois des messages, des commentaires ou tout autre signal de fumée pour me dire « oh, j’adore ci ou ça, c’est vraiment trop génial ! C’est combien ? », je leur donne le prix, j’ai droit à un « hmmm, je vais réfléchir », et plus aucune nouvelle :-( C’est désespérant.

    J’en arrive à me demander si je dois justifier mes prix quand je les annonce. « Ca vaut tant, je paie 23% de charges dessus, y’a tant d’heures de travail, tant de matières premières, tant d’impôts… » Qu’est-ce que tu en penses ? Ou il faut que je laisse simplement filer ? Ou que je m’expatrie en Suisse ou à Monaco ? :-D

    Merci en tout cas pour tes supers articles, je n’ai pas encore fini d’en faire le tour, mais c’est un vrai plaisir de les lire :-)

    Répondre à Lilie
    • Marlène

      Merci Lilie d’avoir pris le temps de laisser un commentaire ! Je pense que beaucoup de gens ne prennent plus conscience de la valeur du « fait main » parce qu’ils se sont habitués à trouver des produits industriels à des prix très bas.

      J’ai une copine qui était stupéfaite de voir que j’avais payé l’un de mes meubles 400 euros « alors que tu trouves ça chez Ikea à 80€ ». Oui, sauf que je ne vais pas retrouver le mien chez tout le monde, qu’il est en hévéa massif et pas en panneau de particules… sans parler du rendu qui n’est pas du tout le même. Ce sont des choix que chacun fait en fonction de ses moyens et de ses priorités.

      A mon avis, il y a une cible pour les produits « de créateur » mais comme ce n’est pas « le grand public », il faut aller chercher cette cible, dénicher l’endroit où elle se cache et ce n’est pas le plus évident.

      Répondre à Marlène
  • Chouchou Cendré

    Hello, intéressant cet article !! Difficile de se vendre au bON prix (cela dépend de l’expérience, des domaines)… Moi perso je facture entre 350 et 500 par jour. Je bosse presque tout le temps, donc je suis gagnante, même si je facture le minimum de ma ‘tranche’. Bref, bravo pour cet article qui va aiguiller les jeunes freelances !

    Répondre à Chouchou
    • Marlène

      J’adore ton pseudo :) C’est bon signe d’arriver à travailler presque tout le temps, ça laisse non seulement entendre que tu bosses bien mais aussi que tu es compétitive sur le marché !

      Répondre à Marlène
  • Sarah

    Salut,
    Ton article est super intéressant et soulève l’épineuse question de s’auto-évaluer à sa juste valeur. J’avoue moi aussi être tombé dans le panneau au début de mon activité de créatrice et de ne compter que mes heures de production. Alors que tout le reste me prenait 3 fois plus de temps.
    Enfin, être freelance et/ou à son compte, c’est cela aussi, apprendre en faisant des erreurs car bien souvent il n’y a pas de manuel. Et quand bien même, on ne le suit pas au début car on veut faire les choses à sa manière^^ (c’est du vécu).
    Merci encore pour tes articles si complets, un vrai plaisir à chaque fois.
    Sarah

    Répondre à Sarah
    • Marlène

      Je suis d’accord avec toi, on a besoin aussi de faire ses propres expériences (quitte à se tromper), d’ailleurs je pense qu’on progressait beaucoup moins vite si on se contentait d’appliquer les recettes des autres à la lettre ! Merci beaucoup pour ton petit message et bon week-end :)

      Répondre à Marlène
  • Queen Mama

    Merci pour ton article! il tombe à pic pour moi! Une vraie mine d’informations très précieuses comme toujours sur ton blog! Je suis sur le point de tenter l’aventure freelance pour proposer mes services de communication digitale mais aussi d’illustratrice! Bravo pour tes articles toujours très précis et surtout pertinents!

    Répondre à Queen
    • Marlène

      Oh super, c’est excitant de se lancer, j’espère que ça va bien se passer !

      Répondre à Marlène
  • Julia

    Merci pour cet article HYPER intéressant :D

    Répondre à Julia
  • Aline - Inspiré et Créé

    Ton article tombe bien bien car à côté de mon entreprise artisanale, je vais prochainement proposer des services de graphisme et d’illustration et j’étais en train de réfléchir au tarif.
    Et je trouve ces tarifs énormes! Même si je sais qu’avec les charges et tout ça, on gagne moins mais ça me gêne un peu de proposer des tarifs élevés même lorsque je sais que c’est le coup de base…
    J’ai un petit côté « syndrome de l »imposteur », avec l’impression que mon travail ne vaut pas tant que ça… D’ailleurs, si jamais tu as ressenti ce syndrome à un moment de ta vie de freelance, je serais bien intéressée de lire un article dessus! J’avais lu que de nombreuses personnes qui travaillaient à leur compte ressentaient cela. =(

    Répondre à Aline
    • Marlène

      Je l’ai déjà ressenti… je me suis même fait « embobiner » par un éditeur véreux qui m’a proposé 800€ pour traduire un livre. Un peu suspicieuse devant un tarif si bas mais n’ayant aucune idée de ma « valeur » sur ce marché, j’avais eu la bonne idée de demander conseil à l’association des traducteurs littéraires français qui m’avait répondu un (très) clair « Ne signez surtout pas, vous êtes en train de vous faire arnaquer » :-D Ca m’a fait réaliser que ce n’était pas le monde des bisounours et que si on ne se renseignait pas un minimum soi-même sur les tarifs pratiqués, on pouvait vite se faire avoir.

      C’est surtout ça le problème : si tu ne dis pas toi-même « J’estime que je vaux TANT », dans la plupart des cas les gens ne seront pas très « honnêtes » et te proposeront un tarif bien plus bas que ce qu’ils étaient réellement prêts à payer. Le risque, c’est évidemment de ne pas arriver à joindre les deux bouts en étant trop gentille, en culpabilisant de coûter de l’argent. Du côté des graphistes, j’ai aussi remarqué que beaucoup avaient des clauses pour cadrer le nombre d’allers-retours avec le client. Par exemple, « le tarif inclut 2 allers-retours de corrections. Tout aller-retour supplémentaire sera facturé XX euros ».

      Répondre à Marlène
  • Miss Blemish

    Merci pour cet article super intéressant et extrêmement utile pour tous ceux qui débutent ! Je crois que c’est très difficile d’évaluer la valeur de son travail justement lorsque l’on a aucune idée des tarifs pratiqués, de ce à quoi on a droit de prétendre ou non.
    A bientôt et belle soirée à toi !

    Répondre à Miss
    • Marlène

      Les tarifs au premier abord paraissent très élevés, je trouve, quand on vient du monde salarié. Il ne faut pas hésiter à consulter un maximum d’enquêtes pour évaluer les prix du marché. Même si ce n’est pas une vérité absolue, ça permet de se situer un peu par rapport aux tarifs pratiqués :) Merci de ton commentaire et très belle fin de soirée !

      Répondre à Marlène
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