Devenir digital nomad : les conseils et l’expérience de Jean-Benoît Moingt


L’idée de devenir digital nomad fait rêver certaines personnes qui travaillent dans les métiers du numérique ou qui possèdent un blog générant des revenus. C’est la perspective de pouvoir travailler n’importe où dans le monde, en conciliant une activité professionnelle et des voyages.

À la fin du mois de mars, j’ai eu l’opportunité d’assister à un atelier passionnant animé par Jean-Benoît Moingt dans le cadre du SEO Campus Paris. Voilà maintenant plusieurs années qu’il parcourt le monde tout en gérant sa société Watussi. J’ai trouvé son intervention à la fois réaliste sur les enjeux de ce choix de vie particulier et très concrète, avec des outils et conseils pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure.

Devenir digital nomad : entre clichés et choix de vie réfléchi

Quand il est question de devenir digital nomad, on imagine souvent un voyageur plutôt jeune, travaillant dans le digital, installé avec son PC (ou plutôt avec son Mac !) sur une plage paradisiaque. S’il y a des palmiers, c’est mieux. S’il y a une piscine ou des eaux turquoise, vous marquez des points supplémentaires.

Et c’est bien connu, travailler dans un hamac instable, c’est TELLEMENT confortable ! Hum. Probabilité que le PC tombe à l’eau en montant ou en descendant : 98% ?

Le cliché du nomade digital
Le cliché du nomade digital

La réalité ressemble plus souvent à un bureau de fortune improvisé dans une location du bout du monde, avec une connexion capricieuse mais un besoin de liberté incontrôlable !

Le statut de digital nomad cache une immense variété dans les destinations, les salaires et les métiers exercés. Il y a bien entendu beaucoup de professionnels du web qui, par leur métier même, peuvent être très mobiles sans que ce soit une contrainte majeure (c’est d’ailleurs le cas de Jean-Benoît Moingt) : les spécialistes du SEO, du SEA, les développeurs web, les rédacteurs, ceux qui créent des formations en ligne sont parmi les digital nomads fréquemment rencontrés.

Mais on rencontre aussi des professions plus inattendues, comme des architectes et des médecins qui s’établissent dans des villes étrangères et proposent leurs services à la communauté d’expatriés présente sur place.

Ce n’est pas un hasard si l’on croise la question « comment devenir digital nomad »… car ce choix de vie commence souvent par le constat que l’on ne s’épanouit plus ou pas assez dans un cadre de vie classique, sédentaire.

L'envie d'ailleurs, point de départ pour le digital nomad
L’envie d’ailleurs, point de départ pour le digital nomad

Jean-Benoît n’a pas toujours été nomade. Il a connu le rythme métro-boulot-dodo, le salaire qui tombe à la fin du mois, les grands projets que l’on se fixe comme des jalons indispensables à une vie d’adulte réussie selon les standards de la société. Mais au moment de réaliser son premier achat immobilier avec sa femme, il a ressenti comme un blocage psychologique.

L’envie de faire un tour du monde l’habitait depuis longtemps mais il n’avait jamais osé franchir le pas. Jusqu’à ce moment charnière où il a décidé de réaliser ce rêve, entraînant sa femme dans l’aventure.

Comment devenir digital nomad concrètement ?

Le congé sabbatique, un bon test pour se lancer

Jean-Benoît Moingt a commencé par tirer profit d’un dispositif parfois méconnu en France : le congé sabbatique. C’est une suspension de 6 à 11 mois du contrat de travail pendant laquelle le salarié peut faire ce qu’il veut, y compris travailler ailleurs (à condition de respecter ses obligations de loyauté et de non-concurrence vis-à-vis de son employeur).

Le congé sabbatique est ouvert à tout salarié présent depuis au moins 36 mois dans une société (consécutifs ou non) et ayant au moins 6 ans d’activité dans le secteur privé. Il ne faut pas avoir déjà bénéficié d’un congé sabbatique ou d’un congé de création d’entreprise dans les six dernières années.

Si vous remplissez les critères, vous pouvez faire une demande de congé sabbatique à votre employeur au moins trois mois avant la date du départ. Celui-ci doit donner une réponse sous 30 jours (si le délai est dépassé, le congé sabbatique est considéré comme accordé), en acceptant le congé, en le refusant ou en proposant un report de date.

L’employeur ne peut refuser que si le salarié ne remplit pas les conditions pour bénéficier du congé sabbatique ou si son départ perturberait de manière excessive le fonctionnement de l’entreprise.

Le congé sabbatique est donc un excellent moyen de tester la viabilité de votre projet de devenir digital nomad en voyageant et en travaillant, tout en ayant la garantie de retrouver votre salaire et votre emploi si vous vous rendez compte à l’issue de cette période que ce mode de vie n’est pas fait pour vous.

Ligne décorative

Jean-Benoît Moingt, de son côté, a profité de cette période pour réaliser un tour du monde de 11 mois au cours duquel il a visité 21 pays pour un budget total de 45000 € à deux (il voyageait avec sa femme), dont 18000 € de transports. Il a retracé son expérience sur le blog Tour du Monde 5 Continents.

Comme il l’a expliqué, il existe de grands écarts de budget parmi les voyageurs effectuant des tours du monde. Certains dépensent autour de 15000 € et d’autres beaucoup plus. C’est évidemment une question de moyens mais aussi de choix en matière de confort et de destinations car tous les pays n’ont pas le même niveau de vie.

Pour lui, ce congé sabbatique a été sans appel : impossible de retourner à une vie sédentaire à Paris. Il a choisi le nomadisme digital et est simplement revenu dans son entreprise pour démissionner !

Jean-Benoît Moingt - Photo tirée de son blog Tour du Monde 5 Continents
Jean-Benoît Moingt – Photo tirée de son blog Tour du Monde 5 Continents

Passeport et choix des destinations

Comme le rappelait Jean-Benoît, avoir un passeport français est une chance car il nous donne accès à de nombreux pays sans aucun visa ou du moins, sans visa préalable (c’est-à-dire que l’on peut obtenir son visa directement à l’aéroport sans avoir besoin de formuler une demande en amont). C’est l’un des passeports les plus ouverts au monde, vous pouvez consulter le site Passport Index pour en savoir plus.

En réalité, être digital nomad ne signifie pas changer de ville ou de pays toutes les semaines mais, dans la majorité des cas, rester quelques mois dans chaque destination afin de l’explorer en profondeur tout en ayant une certaine stabilité nécessaire à son activité professionnelle.

Le choix de la destination est assez crucial et Jean-Benoît Moingt a conseillé lors de son atelier quelques critères de décision importants :

  • La sécurité du pays – Il s’agit évidemment d’exclure les pays en guerre (ce qui représente tout de même un quart des pays au monde !). Pour évaluer le niveau de sécurité d’un pays, vous pouvez jeter un œil au site France Diplomatie et ses « Conseils aux voyageurs » par destination. Gardez cependant du recul par rapport aux informations car elles ont tendance à être assez alarmistes !
  • L’intérêt de la destination – Devenir digital nomad n’a pas beaucoup d’intérêt si vous vous trouvez dans un pays ou une ville où il n’y a pas grand-chose à visiter. Regardez les lieux d’intérêt, les monuments, les curiosités locales qui pourraient vous plaire !
  • Le budget – Le coût de la vie n’est pas du tout le même d’un pays à l’autre. Ça peut être un critère de choix mais aussi un moyen de s’assurer d’une qualité de vie suffisante : quand vous avez assez de revenus, vous pouvez vous tourner vers des pays onéreux et si vous traversez une période plus difficile sur le front professionnel, migrer vers des pays où le coût de la vie est bas. Le budget, c’est aussi prendre en compte le coût des transports pour se rendre dans un pays.
  • La qualité de la connexion Internet – Si votre activité est digitale, vos revenus risquent de dépendre assez largement de la qualité de votre connexion !
  • Les facteurs plus personnels – La météo, la gastronomie, autant de critères propres à chacun qui peuvent aussi jouer un rôle dans le choix d’une destination en tant que digital nomad.
Mener une vie nomade, un choix qui implique de l'organisation
Mener une vie nomade, un choix qui implique de l’organisation

Comment organiser son quotidien de digital nomad ?

Se loger à l’étranger

Jean-Benoît Moingt et sa femme se tournent généralement vers un site que tout le monde connaît : Airbnb. En effet, le site propose de nombreux filtres et de nombreuses options pour trouver un logement adapté à l’exercice d’une activité professionnelle à l’étranger.

On peut par exemple choisir un logement entier afin de garder son indépendance et sa tranquillité par opposition avec une chambre chez l’habitant. On peut choisir un logement en fonction de son prix, de la présence d’un emplacement pour ordinateur, de sa situation géographique…

Jean-Benoît conseille aussi de se limiter aux logements ayant déjà reçu des avis car lorsque l’on va vivre pendant plusieurs semaines au même endroit, avec des enjeux professionnels de surcroît, il est primordial de ne prendre aucun risque.

En général, lui et sa femme ciblent une dizaine de logements et envoient au propriétaire un petit questionnaire complémentaire avant de réserver. Ils demandent par exemple la vitesse de la connexion Internet, son caractère illimité ou non, si le logement est calme, s’il y a des transports en commun à proximité, si les frais d’électricité sont inclus, s’il y a des réductions en cas de long séjour… Évidemment, si la personne ne répond pas, elle est immédiatement exclue… et le choix du logement s’effectue parmi ceux qui ont répondu.

Parfois, nos deux voyageurs passent aussi par Booking.com qui offre des opportunités avantageuses dans certaines destinations. Il est parfois utile de se servir du site pour repérer des hébergements puis de les contacter en direct pour essayer de négocier.

Le digital nomade, un voyageur pas totalement comme les autres
Le digital nomade, un voyageur pas totalement comme les autres

Se sentir bien dans un chez-soi qui change

Au-delà du choix même de l’hébergement, il s’agit aussi d’en faire « une vraie maison » pour se sentir bien dans son nomadisme et avoir l’impression d’être chez soi.

Jean-Benoît Moingt et sa femme ont un réflexe que j’ai déjà rencontré chez d’autres personnes qui voyagent beaucoup : défaire tout de suite sa valise en arrivant quelque part et la cacher… Ainsi, on met de côté son statut de voyageur pour devenir un local pendant quelques temps !

Ils installent une enceinte Bluetooth pour avoir de la musique, Chromecast pour Netflix… et utilisent NordVPN pour pouvoir accéder facilement à n’importe quel site même si celui-ci est bloqué à certains utilisateurs en fonction de leur pays.

Ils voyagent avec 42 kg de bagages pour deux. C’est beaucoup et peu à la fois. Certains digital nomades en ont moins mais font plus de concessions sur le confort. 42 kg tout inclus, c’est peu par rapport à ce que l’on accumule dans un appartement ou une maison… alors il faut faire des choix intelligents.

Quelques vêtements pratiques en laine mérinos, une matière qui coûte cher mais qui ne retient pas les odeurs de transpiration et qui sèche vite. Des vêtements « plaisir », faits sur mesure dans des pays où la confection ne coûte pas cher.

Travailler en étant nomade

Du côté du travail, il faut aussi pouvoir aménager un poste de travail dans le logement choisi. Jean-Benoît Moingt a par exemple misé sur du matériel de qualité (ordinateur, casque audio, tablette pour se faire un double écran, clavier externe, souris ergonomique). Il a également investi dans un support pour amener l’ordinateur à hauteur des yeux. A défaut de pouvoir profiter d’une chaise de bureau ergonomique, on essaie d’améliorer ce qu’on peut !

La clé du succès réside en grande partie dans le professionnalisme dont on fait preuve car il a le pouvoir de faire oublier la distance géographique avec ses clients. Jean-Benoît Moingt était déjà freelance avant de partir en tour du monde, il a donc lancé son activité de digital nomad en recontactant d’anciens clients ou prospects pour leur exposer son nouveau choix de vie afin de décrocher ses premiers contrats.

Ensuite, il s’agit de veiller (peut-être encore plus qu’un salarié sédentaire !) à la qualité de son travail, au respect des deadlines, à la ponctualité quand on a un appel avec un client. Bien entendu, toutes les petites communications informelles à la machine à café ou en open space peuvent manquer… mais on peut travailler par visioconférence pour garder cette dimension « non verbale » avec ses clients.

Blogueuse tenant un smartphone

D’un point de vue pratique, Jean-Benoît a expliqué qu’il avait évalué ses besoins minimum à 3 mo/s de débit Internet en download, 1 mo/s en upload et 3 Go de bande passante par jour. Il utilise le Wifi de son logement, via un répéteur (on en trouve facilement sur Amazon, ici par exemple) : c’est un appareil qui permet d’amplifier le signal Wifi et surtout, de simplifier et sécuriser la connexion. On connecte le répéteur au Wifi du logement, tous ses appareils au répéteur. Ainsi, on retient simplement le mot de passe du répéteur au lieu de changer le mot de passe de tous ses appareils à chaque déménagement.

Afin de protéger cette connexion Internet si vitale à l’activité professionnelle (et donc au compte en banque !), Jean-Benoît a recours à une panoplie d’outils :

  • Une connexion mobile « de sécurité » au cas où le Wifi fonctionnerait mal (via Free Mobile, une carte SIM locale ou une Drimsim, carte SIM internationale) ;
  • Un stockage cloud de ses données, pour limiter les dégâts en cas de perte ou de casse du matériel informatique.
  • Des applications et logiciels pour limiter le poids des pages web et surfer plus rapidement : TripMode qui évite les mises à jour et synchronisations intempestives, un AdBlocker pour améliorer le temps de chargement des sites (Pihole), ScriptSafe pour désactiver le JavaScript sur les sites et faire disparaître les fonctionnalités optionnelles.
  • Des outils de communication : Skype, un abonnement de VoIP chez OVH qui lui permet d’avoir un numéro « français en apparence », un service de visioconférence (Appear.in)…

L’administratif quand on est digital nomad

Jean-Benoît Moingt a domicilié sa société via Digidom (car évidemment, qui dit société dit obligation d’avoir une adresse physique stable !). Sa comptabilité est gérée par ECL Direct, de manière totalement dématérialisée.

Pour le courrier, il fait appel au Courrier du Voyageur qui lui fournit une adresse postale en France et lui scanne les courriers qu’il reçoit… ainsi qu’au Service Postal qui permet d’envoyer des recommandés physiques sans se déplacer (car clairement, quand on se trouve en Argentine, on peut difficilement aller faire la queue à la Poste en France !).

Il loue aussi un coffre en banque pour protéger les documents les plus précieux, utilise les services d’une banque en ligne et une carte Revolut (sans frais internationaux) pour les dépenses quotidiennes.

Et il fait appel à Chapka Assurances pour sa couverture santé, afin d’éviter de débourser des frais énormes s’il a besoin de voir un médecin ou un dentiste.

Blogging

Devenir digital nomad, un vrai choix et non une utopie

On imagine souvent le quotidien du digital nomad comme un véritable affranchissement de toutes les contraintes d’une vie sédentaire. Et Jean-Benoît, qui travaille 4 jours par semaine maximum pour prendre le temps de visiter le pays où il se trouve, ne nie pas que ce mode de vie est une véritable invitation à la découverte du monde !

Néanmoins, ce n’est pas pour autant le cliché que décrivent parfois les images libres de droits : travailler sur une plage, ce n’est ni confortable ni réaliste ! Et finalement, comme chez les sédentaires, il faut aussi veiller à garder une bonne organisation, à s’entourer des bonnes personnes et à trouver les bons outils pour se faciliter la vie.

Pour ma part, même si mes revenus freelance me permettraient aujourd’hui d’envisager ce mode de vie, ce n’est pas pour l’instant quelque chose qui m’attire car je suis consciente de la perte de « stabilité » (notamment financière) que ça induit. En voyant en couple comme le fait Jean-Benoît, on peut déjà plus facilement se soutenir en cas de coup dur pour l’un…

J’espère en tout cas que cet article vous aura intéressé si l’idée de devenir digital nomad vous intrigue ou vous traverse l’esprit ! Vous pouvez retrouver la conférence de Jean-Benoît Moingt en vidéo sur YouTube. Je l’ai trouvé passionnante, à la fois par l’histoire de l’orateur qui ne manque pas d’intérêt et par la dimension concrète qu’il a su donner à son propos.

Sachez aussi qu’il existe un groupe Facebook ayant pour vocation de fédérer les digital nomads français, French Digital Nomads.

Racontez-moi ! Avez-vous déjà eu envie de devenir digital nomad ? Qu’est-ce qui vous plairait ou vous freinerait dans ce mode de vie ?

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2 commentaires sur “Devenir digital nomad : les conseils et l’expérience de Jean-Benoît Moingt

  • Bojon

    Merci pour votre article ! J’utilise votre VPN recommandée – NordVPN depuis 4 mois, parce que je voyage beaucoup et c’est nécessaire pour moi. Si on parle du streaming ou torrenting – ça fonctionne bien avec Netflix US.

    Répondre à Bojon
    • Marlène

      Heureusement qu’il existe ce genre de système, la plupart des Français que je connais qui vivent à l’étranger utilisent un VPN, ne serait-ce que pour retrouver de temps en temps une langue et une culture familières !

      Répondre à Marlène
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