Navigation à facettes et SEO sur un site e-commerce

Navigation à facettes et SEO : comment éviter la catastrophe sur un site e-commerce



Aujourd’hui, nous allons parler de navigation à facettes, une façon d’organiser les contenus sur un site en proposant aux internautes des filtres pour trouver rapidement ce qu’ils recherchent. Très utilisée sur les sites e-commerce, la navigation à facettes peut avoir un impact catastrophique en SEO si elle est mal gérée.

Dans cet article, je vais vous donner une définition de la navigation à facettes ainsi que des conseils sur les différentes manières de l’optimiser pour le référencement naturel.

Qu’est-ce que la navigation à facettes ? Définition !

Si vous n’avez jamais entendu parler de ce concept, la manière la plus simple de donner une définition de la navigation à facettes consiste à prendre l’exemple d’un site e-commerce, par exemple un site qui commercialise des vêtements, comme Zalando.

Imaginons que vous soyez un homme à la recherche d’un pantalon d’été de couleur blanche. Si vous arrivez sur le site depuis la page d’accueil, votre premier réflexe va probablement être d’utiliser le menu de navigation classique pour accéder à la rubrique « Homme », puis à la sous-rubrique « Vêtements » et enfin « Pantalons ».

Accès à la rubrique Pantalons Homme sur Zalando
Accès à la rubrique Pantalons Homme sur Zalando

Mais sur la plupart des sites e-commerce, le choix de produits est tellement vaste qu’il faut guider davantage l’internaute dans sa recherche, en lui proposant des filtres pour affiner encore plus la sélection proposée.

Sur Zalando, vous allez par exemple pouvoir filtrer la sélection par couleur, par taille, par coupe, par longueur, par saison, par style, par prix, par matière, etc.

Filtres sur un site e-commerce
Filtres sur un site e-commerce

Dans la mesure où je cherche un pantalon blanc d’été, je vais utiliser les filtres « Couleur » et « Saison ». Que se passe-t-il en les activant ? Le site va me présenter une « facette » de son catalogue de pantalons : celle des pantalons d’été blancs.

La facette "Pantalons blancs"

En d’autres termes, la navigation à facettes permet de créer de nouvelles sous-catégories au sein d’un site en fonction de la sélection établie par un internaute à l’aide de filtres. C’est un moyen de personnaliser l’affichage du contenu proposé en fonction des besoins du visiteur.

La navigation à facettes est donc particulièrement utile en termes d’expérience utilisateur car elle permet à un site e-commerce de mettre en valeur l’étendue de son catalogue produit en facilitant l’accès à l’offre.

On mesure tout de suite la valeur ajoutée si l’on regarde les chiffres de l’exemple que j’ai pris sur le site Zalando : ma sélection de pantalons d’été blancs se réduit à 147 articles. Si j’avais dû consulter chacune des pages de la rubrique Pantalons à la main, sans ce système de filtres, pour trouver des pantalons blancs, j’aurais dû parcourir 5360 modèles différents.

Un choix de pantalons très vaste
Un choix de pantalons très vaste

Vous réalisez tout de suite que pour l’utilisateur, la navigation à facettes apporte un grand bénéfice. En revanche, ce n’est pas tout à fait la même histoire pour un moteur de recherche !


Navigation à facettes et SEO : 4 risques majeurs

Pourquoi navigation à facettes et SEO ne font-ils pas bon ménage ? Tout simplement parce que lorsque vous activez un filtre, cela peut modifier l’URL de la page web en y ajoutant des paramètres. Plus vous avez de filtres, plus le nombre d’URL possibles peut se multiplier car les combinaisons deviennent infinies !

Prenons l’exemple de cette petite boutique de déco que j’adore, Bird On The Wire. Si vous allez dans la rubrique Cuisine et que vous filtrez les « Accessoires de Cuisine » ayant un prix inférieur à 39.69€… l’URL va refléter que vous avez effectué cette sélection :

Filtres dans l'URL sur un site e-commerce
Filtres dans l’URL sur un site e-commerce

Si c’est très utile pour l’internaute, le problème pour le moteur de recherche est qu’il va se retrouver confronté à des centaines voire des milliers d’URL qui présentent simplement des sélections de produits différentes… alors qu’au fond, le « coeur » du catalogue produit reste le même.

Google expliquait le problème en ces termes dans un article de blog :

« Un site e-commerce peut permettre aux internautes de trouver des vêtements en filtrant par catégorie, par prix, par couleur, par marque, par style, etc. le nombre de combinaisons possibles de filtres peut croître exponentiellement. Cela peut produire des milliers d’URL, rassemblant toutes une sélection des produits vendus. Ça peut être pratique pour vos utilisateurs, mais ce n’est pas si utile au Googlebot, qui veut juste tout trouver… une seule fois ! »

L’impact SEO de la navigation à facettes se joue sur quatre points principaux.

Impact sur le crawl budget

Compte tenu de la multiplicité de sites qui existent aujourd’hui, Google ne peut pas accorder à chaque site des ressources illimitées pour les visiter, répertorier toutes les pages et les positionner sur son moteur de recherche. Par conséquent, il alloue à chaque site une quantité limitée de ressources (que l’on appelle le « budget de crawl » ou « crawl budget »).

Votre objectif quand vous gérez un site est d’exploiter au mieux ces ressources afin que le moteur de recherche passe du temps sur les pages qui sont stratégiques pour vous au lieu de perdre du temps à consulter des URL qui ne le sont pas.

Or, la navigation à facettes peut littéralement créer des milliers d’URL… et le moteur de recherche va se retrouver aspiré dans cette manne d’adresses à visiter. On parle souvent de « spider trap », un « piège à robots ».

Le moteur va explorer toutes les combinaisons possibles de filtres alors qu’au fond, ce qui vous intéresse en termes de référencement naturel, c’est surtout que vos produits et vos catégories clés se retrouvent sur les moteurs de recherche, ou que vos facettes les plus pertinentes – celles qui correspondent à une vraie recherche de l’internaute – se retrouvent sur les moteurs de recherche.

Par exemple, une internaute peut rechercher des « vêtements pour femme enceinte », auquel cas il est pertinent que l’URL en question soit indexée par le moteur… mais si personne ne recherche un « pantalon blanc taille 40 en lin coupe droite saison printemps-été », il n’y a pas d’intérêt que l’URL en question soit indexée par Google.

Le premier risque SEO de la navigation à facettes est donc cette consommation excessive du budget de crawl, qui risque d’empêcher le moteur de recherche d’accorder du temps à vos pages stratégiques, avec, à la clé, un référencement naturel moins performant.

Navigation à facettes et SEO : comment optimiser son site e-commerce ?
Navigation à facettes et SEO : comment optimiser son site e-commerce ?

Duplicate content et navigation à facettes

Le second risque SEO concerne le contenu dupliqué. Sur votre site e-commerce, vous avez vos produits, qui sont uniques et possèdent chacun une URL. La navigation à facettes va créer une foule d’URL pour présenter ces mêmes produits sous des angles différents avec, à la clé, des pages au contenu très similaire mais ayant des URL différentes.

Par exemple, vous allez avoir une première page avec les « pantalons blancs taille 36 » et une seconde page avec les « pantalons blancs taille 40 ». Il y a de fortes chances pour que la sélection de produits soit la même (à l’exception des modèles qui ne sont pas disponibles dans la taille demandée)… mais vous aurez 2 URL différentes pour y accéder.

Là encore, ce contenu dupliqué (« duplicate content ») complique la tâche du moteur de recherche qui va devoir choisir quelle URL est la plus pertinente pour le référencement naturel.

La cannibalisation de mots-clés

C’est la conséquence directe de la duplication de contenu créée par la navigation à facettes : certaines URL peuvent se retrouver en compétition sur les mêmes mots-clés. Par exemple, sur la requête « pantalon blanc », il y aura une foule de pages potentiellement pertinentes pour l’utilisateur, comportant le filtre « pantalon blanc ».

Vous pouvez devenir votre propre concurrent, ce qui n’est pas toujours une bonne chose : à une époque, Google affichait volontiers une foule de résultats issus d’un même site (on pouvait aisément positionner 5 pages du même site sur la première page de Google).

Aujourd’hui, même si ce n’est pas appliqué rigoureusement, le moteur de recherche essaie de limiter le nombre de résultats d’un même site qui s’affichent, afin de favoriser une certaine diversité dans les résultats de recherche (plus d’informations sur la Google Diversity Update). Il n’est donc pas dans votre intérêt de vous faire de la concurrence.

Un impact sur le netlinking

Par définition, si chaque filtre génère une URL différente, les sites qui vont vous faire des liens en parlant de vous vont aussi faire ces liens sur une foule d’URL différentes.

Micheline va faire un lien vers les pantalons blancs en taille 36 :

monsite.com/femme/pantalons?c=blanc&t=36

Gisèle vers les pantalons blancs en taille 42 pour l’été

monsite.com/femme/pantalons?c=blanc&t=42&s=ete

Et pour couronner le tout, sur certains sites, les filtres changent aussi d’ordre dans l’URL en fonction de l’ordre dans lequel les utilisateurs les ont cochés.

Par exemple, on aura l’URL monsite.com/femme/pantalons?c=blanc&t=36 si l’internaute a d’abord choisi la couleur, puis filtré par taille… et monsite.com/femme/pantalons?t=36&c=blanc si l’internaute a fait l’inverse !

En référencement naturel, les liens que reçoit votre site ont un effet positif sur son référencement (dès lors qu’ils sont pertinents !), ils font office de « recommandation » et transmettent une forme d’autorité et de crédibilité. Le problème, c’est que si ces liens se diluent sur une multitude d’URLs différentes, ils perdent de leur efficacité.

Comment évaluer l’impact SEO de votre navigation à facettes ?

Il faudra généralement une certaine aisance en référencement pour étudier la manière dont les moteurs de recherche abordent votre navigation à facettes.

Faire une analyse de logs

Les logs sont des fichiers qui consignent toutes les actions effectuées sur un site : les pages qui sont consultées, les ressources qui sont chargées (images, styles, scripts), à quelle heure elles le sont, par quelle adresse IP (le « code » unique qui identifie chaque machine/chaque ordinateur sur le web).

On peut isoler, à l’intérieur de ces fichiers, les adresses IP de Googlebot, le robot de Google, ou encore les adresses IP des autres moteurs de recherche, afin de suivre ce qu’ils font sur le site.

En utilisant des outils comme OnCrawl, Screaming Frog Log Analyzer, SEOlyzer ou Botify par exemple, on peut analyser les logs pour (entre autres) évaluer de manière très précise sur quelles URL le moteur de recherche passe du temps (ou perd du temps !).

Étudier l’indexation du site

Il s’agit d’explorer le site avec un crawler (comme Screaming Frog), un outil qui va visiter toutes les pages en suivant les liens internes sur le site et va pouvoir vous donner des informations sur chacune des URL trouvées, en vous indiquant notamment si elles peuvent être indexées par le moteur de recherche ou non.

Ça vous permet là aussi de vérifier s’il existe une cohérence entre les pages qui vous semblent stratégiques et les pages que vous autorisez le moteur de recherche à répertorier.

Faire une recherche Google

Beaucoup de gens se servent de la recherche Google de manière très classique, en rentrant un mot-clé pour obtenir des résultats… mais Google offre une variété d’opérateurs de recherche afin d’obtenir une sélection plus précise de réponses.

Vous pouvez faire appel à ces opérateurs de recherche afin d’isoler les URL de votre site qui contiennent des paramètres et se retrouvent indexées sur Google, le but étant de vérifier si c’est cohérent avec vos objectifs ou si Google répertorie à votre insu des milliers de pages.

Utilisez notamment les opérateurs « site: » et « inurl: ». Si je reprends l’exemple du site de décoration Bird On The Wire et que je veux voir si les URL contenant le filtre « Accessoires de cuisine » sont indexées, j’écris :

site:botw.fr inurl:categories-autres_accessoires_de_cuisine

Ce qui me permet de confirmer que Google n’indexe pas ce filtre :)

Paramètres d'URL non indexés
Paramètres d’URL non indexés

Navigation à facettes : quelles solutions pour le référencement naturel ?

Comment gérer la navigation à facettes en SEO ? Vous vous en doutez, pas question d’abandonner ce principe qui reste très utile à vos visiteurs. Alors comment faire en sorte que ça n’ait pas de conséquences désastreuses sur votre référencement ?

Choisir les facettes qui sont stratégiques pour vous

Il ne faut pas rejeter en bloc l’idée d’indexer certaines facettes. En effet, il y a des sélections de produits qui peuvent s’avérer très stratégiques pour un site.

Le choix doit être guidé par ce que les internautes recherchent, en indexant les facettes les plus populaires. Par exemple, dans le domaine de la mode, nombre de personnes vont taper directement sur Google une recherche comme « pantalon homme 42 » ou « pantalon homme diesel ». La marque, ou la taille, sont donc des éléments importants dans le référencement.

A l’inverse, quand une requête devient très spécifique et très pointue, impliquant une combinaison de filtres multiples, elle ne va pas forcément être pertinente en référencement naturel : pour caricaturer un peu, on risque de « gâcher » les ressources du moteur de recherche pour offrir une sélection de produits qui ne va intéresser que trois personnes !

Sur le site de Zalando par exemple, ils ont fait le choix…

  • D’indexer les marques – Un homme qui tape par exemple « Pantalon YouTurn » pourra trouver la page dédiée aux pantalons de cette marque.
  • D’indexer les couleurs – Par exemple, la personne qui tape « Pantalon vert » pourra trouver la page https://www.zalando.fr/pantalons-homme/_vert/
  • D’indexer les combinaisons marque + couleur – On trouve par exemple une page « Pantalon Wrangler vert » qui est indexable.
  • De ne pas indexer les combinaisons marque + taille – Vous constatez ci-dessous que la page « YouTurn taille 30 » n’est pas indexable.
  • De ne pas indexer les combinaisons couleur + taille.
Extrait des choix d'indexation de Zalando
Extrait des choix d’indexation de Zalando

Ce sont quelques exemples pour vous montrer que les sites sont amenés à prioriser certaines sélections de produits au détriment d’autres.

Très souvent, il s’agit autant d’une décision de référencement que d’une décision stratégique. Si je reste par exemple sur le cas de Zalando, je constate qu’à l’heure où j’écris cet article, la page « Pantalon Wrangler vert » ne me donne accès qu’à un seul produit.

On pourrait se dire, d’un point de vue stratégique, qu’il n’est pas très pertinent d’indexer sur Google une page contenant un seul résultat. Mais l’on peut aussi se dire, d’un point de vue stratégique, que ce résultat va nécessairement être très pertinent pour l’internaute qui recherche un pantalon Wrangler vert : la probabilité de conversion (achat du pantalon) est très élevée… donc il y a un intérêt à indexer la page.

Ceci pour vous montrer qu’en matière de référencement naturel, « il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation » (hum). On peut effectuer des choix différents en fonction de ses priorités commerciales.

Par ailleurs, sur un site e-commerce, les décisions se prennent généralement à une échelle « macro ». Autrement dit, on va par exemple considérer que la combinaison « marque + couleur » est généralement recherchée par les internautes et mérite donc d’être indexée… alors que la combinaison « marque + taille » est généralement peu recherchée donc ne le sera pas.

Bien optimiser les facettes

Dès lors que certaines facettes vont se retrouver indexées, il paraît important de veiller à leur bonne optimisation : à titre d’exemple, sur Zalando, le fait d’activer certains filtres va automatiquement modifier le titre principal de la page (titre h1) afin qu’il intègre des mots-clés pertinents, comme le « Pantalon homme vert de Wrangler ».

Balise h1 personnalisée
Balise h1 personnalisée

Dans cette même perspective d’optimisation, il est intéressant d’empêcher l’internaute d’utiliser un filtre lorsqu’il n’y a aucun produit disponible derrière (en grisant le filtre par exemple et en le rendant non cliquable) : ça évite de générer inutilement une URL supplémentaire alors qu’il y a une rupture de stock sur une gamme par exemple… et ça évite à l’internaute de tomber sur une page qui ne propose aucun produit dans la sélection.

Il est aussi utile de faire apparaître de manière claire la hiérarchie du site avec un fil d’Ariane qui reprend la catégorie principale et les sous-catégories éventuelles : vous pouvez marquer ce fil d’Ariane avec des données structurées, il aidera les moteurs de recherche à mieux comprendre l’architecture de votre site.

On peut également travailler sur l’optimisation des URL des facettes que l’on choisit d’indexer. D’ailleurs, certains SEO appellent « facettes » uniquement les pages indexables issues d’une combinaison de filtres. Pour ma part, j’ai tendance à trouver plus simple de désigner comme facette toute sélection de produits… sachant qu’on choisira ensuite d’en indexer certaines et pas d’autres.

On peut, au lieu d’avoir une URL à paramètres comme monsite.com/homme/pantalon?brand=diesel&color=noir, réécrire l’URL pour qu’elle donne monsite.com/homme/pantalon/diesel/noir/.

Gérer la navigation à facettes en Ajax

C’est, à l’heure où j’écris cet article, une solution technique aussi efficace que populaire pour concilier SEO et navigation à facettes.

Le principe est simple : le filtrage qui s’effectue quand l’internaute clique sur un filtre va être géré en langage JavaScript… et plus spécifiquement en client-side JavaScript. « Côté client », on obtiendra un changement de la sélection de produits en fonction du filtre sélectionné… mais ça ne générera pas de nouvelle URL et ça ne rechargera pas la page.

C’est ce que fait par exemple un site comme Cdiscount : quand on clique sur un filtre (flèche noire ci-dessous), le site charge uniquement les produits pertinents mais l’URL de la page ne bouge pas (flèche grise).

Gestion des filtres sur Cdiscount
Gestion des filtres sur Cdiscount

Pas d’URL multiples… donc pas de gâchis en termes de budget de crawl, pas de problèmes de duplicate content, pas de « dilution » des liens qui sont faits vers les pages.

Si, par ailleurs, vous empêchez le moteur de recherche d’accéder aux ressources JavaScript qui génèrent la sélection de produits, vous vous assurez que Google ne pourra pas « reproduire » le comportement du filtre et accéder à toutes les facettes que vous proposez.

Sur Cdiscount par exemple, le fichier robots.txt bloque l’accès des moteurs de recherche aux ressources Ajax :

Blocage de l'Ajax sur Cdiscount
Blocage de l’Ajax sur Cdiscount

Vous vous en doutez, la limite de cette méthode est qu’elle nécessite d’être intégrée au développement même du site puisqu’elle touche à sa conception et à son fonctionnement. En d’autres termes, il faut y penser dès la création du site (ou envisager une refonte « en profondeur » si vous ne l’avez pas fait dès le départ), ce qui a souvent un coût. D’où l’intérêt de se faire accompagner par un consultant SEO quand on veut lancer son site e-commerce !

La méthode PRG

C’est une manière de gérer la navigation à facettes qui essaie de concilier UX et SEO.

En quoi consiste la méthode PRG (Post => Redirect => Get) ?

Il s’agit d’une façon de gérer ce qui se passe quand l’internaute clique sur un filtre. En temps normal, l’information contenue dans le filtre est transmise au serveur via une requête GET (qui rend cette information visible dans l’URL et lisible par Google).

Ici, il s’agit de faire en sorte que le filtre « cache » en réalité un formulaire : quand l’internaute clique sur le filtre, ça envoie une requête POST (à la place d’une requête GET) que Google ne peut pas lire. Le serveur renvoie une redirection vers l’URL correspondant à la sélection issue du filtre… et cette URL est retransmise à l’utilisateur via une requête GET.

Lors de la sélection initiale d’un filtre, la requête étant une requête POST, le moteur de recherche ne peut pas « utiliser » le filtre, on a donc tous les bénéfices SEO de ce choix… mais la requête finale étant une requête GET, l’internaute voit bien le « résultat » du filtre qu’il a choisi dans l’URL. S’il choisit de partager cette URL ou de la sauvegarder, il retrouvera donc sa sélection de filtres.

Utiliser les URL canoniques

Quand un même contenu est accessible à plusieurs adresses, il est possible de spécifier une « URL de référence » qui doit être indexée par le moteur de recherche. Elle correspond généralement à la version de la page « sans les paramètres ».

Prenons l’exemple du site « GetYourGuide », qui propose toutes sortes d’excursions, de visites guidées, d’ateliers, etc. Ce site génère une foule d’URL différentes en fonction des actions de l’utilisateur. Imaginons par exemple que je sois à la recherche d’une visite de Paris en français, à moins de 20 euros :

  • Si je demande une « visite à Paris pas chère en français », l’URL va successivement afficher le type de sortie (avec le paramètre « ct ») puis le prix (« price_range ») puis la langue (avec le paramètre « lng »). J’obtiens l’URL suivante :
    https://www.getyourguide.fr/s/?q=paris&searchSource=2&ct=1&price_range=0-25&lng=35&p=1
  • Si j’effectue ma demande dans un ordre différent, par exemple « une sortie en français, pas chère, qui soit une visite », l’URL ne va pas afficher les paramètres dans le même ordre alors qu’à l’arrivée, la sélection de produits est identique :
    https://www.getyourguide.fr/s/?q=paris&searchSource=2&lng=35&price_range=0-25&ct=1&p=1

On a donc un problème majeur de contenu dupliqué, puisque la même sélection de visites est accessible via deux URL différentes. Spécifier une URL canonique permet de dire à Google : « ok, ici, l’information principale est que cette personne cherche une activité à Paris ». On va donc inviter le moteur de recherche à indexer la page du site qui parle de Paris, ce que fait GetYourGuide avec cette URL canonique :

Gestion de la navigation à facettes avec des URLs canoniques
Gestion de la navigation à facettes avec des URLs canoniques

Ca ne résout pas le problème du budget de crawl, car les moteurs de recherche vont malgré tout aller explorer les URL à paramètres. En revanche, ça permet de bien gérer la problématique du contenu dupliqué, du netlinking et de la cannibalisation car tout se « concentre » sur une seule URL, l’URL canonique.

Il faut d’ailleurs bien penser à faire en sorte que le sitemap du site n’inclue que des URLs canoniques, et pas des URLs à paramètres.

« Noindex » et « Disallow » pour contrôler l’indexation

Sur un site, on peut donner des instructions aux moteurs de recherche quant au comportement qu’ils doivent adopter sur une page. On peut notamment leur indiquer qu’on ne souhaite pas qu’une page soit indexée, à travers l’instruction « noindex » (que l’on ajoute sous forme de balise meta sur la page, ou sous forme d’en-tête http X-Robots-Tag : plus d’informations ici). Ou qu’on ne souhaite pas du tout qu’ils accèdent à une page, à travers l’instruction « Disallow ».

C’est un autre moyen d’essayer de contrôler ce que le moteur de recherche va pouvoir répertorier.

Revenons sur Zalando : le site e-commerce estime qu’il n’est pas pertinent d’indexer les combinaisons taille + couleur. Par conséquent, la page des « pantalons homme verts en taille 24 » ne doit pas être indexée. Si vous regardez une URL comme celle-ci

https://www.zalando.fr/pantalons-homme/_vert_taille-24/

, vous allez trouver une instruction « noindex » dans le code de la page :

Instruction noindex sur une page
Instruction noindex sur une page

La limite de la méthode, ici, est qu’elle ne résout que partiellement les problèmes SEO causés par la navigation à facettes : en effet, l’instruction « noindex » n’empêche pas le moteur de recherche de se promener sur la page (il faut bien qu’il aille sur la page, d’ailleurs, pour lire l’instruction « noindex » !). Par conséquent, vous consommez quand même du budget de crawl et comme les paramètres apparaissent dans l’URL, vous risquez encore une dilution de l’efficacité des liens qui sont faits vers le site. En revanche, les problèmes de cannibalisation et de contenu dupliqué sont bien pris en charge.

Zalando complète son instruction « noindex » par une instruction « disallow » (indiquée dans le fichier robots.txt) sur certains types de filtres, comme le prix maximum que l’internaute est prêt à payer (paramètre « price_to »).

Extrait du fichier robots.txt de Zalando
Extrait du fichier robots.txt de Zalando

Si vous avez sélectionné les pantalons homme à moins de 100 euros par exemple, vous arrivez sur la page https://www.zalando.fr/pantalons-homme/?price_to=100 : non seulement elle est en « noindex » mais en plus, le fichier robots.txt de Zalando interdit l’accès aux moteurs de recherche des pages qui comportent « price_to » dans leur URL.

Prudence, cependant : si vos pages ont déjà été répertoriées par le moteur de recherche et que vous souhaitez a posteriori l’empêcher d’y accéder, il faudra d’abord mettre une instruction « noindex », attendre que les pages soient désindexées, avant d’ajouter l’instruction « disallow ». Si vous mettez le « disallow » en premier, le moteur sera bloqué… et ne pourra donc pas lire l’instruction « noindex ».

Un exemple intéressant concerne la gestion d’une cible précise, comme les femmes enceintes. Quand une femme est enceinte, elle va généralement adapter sa garde-robe en choisissant des vêtements adaptés à cette nouvelle morphologie.

Sur Zalando, on constate qu’il y a plusieurs landing pages possibles pour une femme qui est enceinte et recherche des vêtements :

  • Cette femme peut passer par le menu principal « Femme », qui comporte directement un sous-menu « Maternité » menant à l’URL https://www.zalando.fr/femme/?assortment_area=maternite. L’URL est en noindex, le paramètre « assortment_area » est par ailleurs interdit aux moteurs de recherche via une instruction « Disallow » dans le robots.txt.
  • La femme peut également passer par le menu « Femme » puis « Vêtements »… et utiliser le filtre « Coupes » pour sélectionner l’option Maternité, qui mène à une URL différente, https://www.zalando.fr/mode-femme/?assortment_area=maternite. Le choix technique reste le même : noindex + disallow.
  • La femme peut aussi taper « vêtements grossesse ». A l’heure où j’écris l’article, Zalando n’est pas très bien référencé sur cette requête mais on trouve une page indexable du site, https://www.zalando.fr/vetements-grossesse/. Il s’agit d’une sélection de produits mais cette fois-ci, contrairement aux exemples précédents, la page est indexable… et, en plus, elle ne propose qu’une quantité limitée de filtres par comparaison avec les URL « maternité » que je mentionnais précédemment. Et cette fois-ci, les pages filtrées sont indexables.
  • La femme peut également taper « vêtements future maman ». Cette fois-ci, on accède encore à une nouvelle page, https://www.zalando.fr/futures-mamans/. Il s’agit davantage de conseils mode : la page est indexable, enrichie en contenu, et peut servir de porte d’entrée supplémentaire sur les produits « maternité ».

Navigation à facettes et SEO : un challenge tant technique que stratégique

En résumé, concilier navigation à facettes et SEO relève autant d’une réflexion stratégique de fond que d’une réflexion technique sur la mise en oeuvre concrète.

D’un point de vue stratégique, il s’agit de clarifier les intentions de l’internaute afin de comprendre quels sont les filtres les plus pertinents… puis d’identifier ce qui relève d’une tendance de recherche « répandue » afin de choisir quelles facettes il est pertinent d’indexer. On leur donnera alors une vraie valeur ajoutée : plus qu’une simple sélection de produits, elles deviendront une réponse à un besoin. Il faut également mener une réflexion sur ses priorités business afin que les ressources des moteurs de recherche s’orientent vers des pages qui présentent du potentiel en termes de revenus.

D’un point de vue technique, il s’agit d’éviter une perte d’efficacité en référencement naturel, causée par la dilution des ressources des moteurs, des liens et des contenus sur une multitude d’URL différentes.

De la gestion de ces défis dépendent en partie le succès et la croissance d’un site e-commerce !


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