Témoignage – Miss Blemish : « Je continue à me remettre en question à chaque nouvel article »


Célie tient depuis 2012 le blog Miss Blemish, une bulle poétique et bienveillante qu’elle fait vivre avec une plume derrière laquelle on perçoit un amour profond des belles lettres et de la justesse des sentiments.

Des visuels pleins d’authenticité, des mots ciselés, la marque de fabrique d’un blog reconnaissable entre mille…

Aujourd’hui, Célie partage avec vous son parcours de blogueuse et évoque en particulier le défi de trouver sa « voix » et de respecter une certaine éthique, ainsi que la richesse du blogging, qui pousse tant à acquérir de nouvelles compétences qu’à se remettre en question sans cesse.

Célie, Miss Blemish
Célie, Miss Blemish

Qu’est-ce qui t’a poussée à ouvrir un blog ?

L’envie d’écrire. Depuis l’adolescence, je rêve d’être écrivain. Pourtant, j’étais sûre que ce n’était pas un métier qu’une école pourrait m’apprendre ou m’assurer mais un métier, un savoir-faire – le savoir raconter – qui mûrit au fond de soi et du cheminement qui se fait à force d’écriture, de mots posés et d’histoires avortées. Un métier autant fait de travail et de persévérance que du hasard des bonnes rencontres au bon moment.

J’ai donc choisi une autre voie professionnelle et ouvert mon premier Skyblog pour partager ce cheminement et ces courts textes au collège. Puis j’ai ouvert Lily’s Weeks au lycée sur la plateforme Blogspot, dont le mantra était « Les petits riens du quotidien ». Et après quelques années d’existence, fin 2012, j’ouvrais missblemish.fr – mon blog actuel – sur WordPress et achetais un nom de domaine pour la première fois.

Quelles découvertes ont marqué tes pas de jeune blogueuse ?

Mon blog a grandi au fil du temps avec moi. Lorsque je l’ai ouvert, je n’avais aucune connaissance de ce milieu, de ses codes, de ses réseaux ni de la technique qui se cachait derrière. Je n’arrivais pas avec un projet abouti, prête à montrer un travail déjà réfléchi en amont et fruit d’études connexes (en design, webdesign, communication, photographie…). Mais dès le départ, je savais que les mots étaient le centre de mon projet.

C’est petit à petit que j’ai appris à les mettre plus en valeur en affinant ma sensibilité graphique pour faire de mon blog un écrin plus propice à les recevoir et les faire voir et en acquérant une pléiade de connaissances techniques en matière de référencement, de photographie, de communication.

Je trouve cette porte ouverte vers cette polyvalence extrêmement enrichissante et intéressante car elle montre un aperçu de la réalité des coulisses d’autres productions et permet de se former par l’expérience en autodidacte.

Petit à petit, j’ai ainsi pu voir se réduire dans tous ces domaines la distance entre ce que j’imaginais et le résultat obtenu en vrai sur écran – qu’il s’agisse de photographie comme de webdesign – et c’est certainement le plus chouette des accomplissements dans ce domaine !

Mais plus que tout cet autour nécessaire, j’ai pu éprouver le temps que cela prend de trouver sa « voix » et le « ton » qui nous convienne pour parler à son lectorat sur ce média. C’est certainement cet enjeu qui a été mon premier vrai défi et le plus long à relever car c’est quelque chose de volubile, d’insaisissable et qui évolue continuellement.

La manière de s’adresser aux personnes qui nous lisent, de composer ses phrases, de rendre ce que l’on pense et ressent par l’écrit sans travestir son message ni jouer une familiarité forcée, c’est tout un art très différent de l’écriture de fiction !

Dévoiler ton identité sur Miss Blemish a-t-il été un choix évident ?

J’ai écrit pendant longtemps sous couvert d’anonymat, que j’ai rompu avec l’ouverture d’une rubrique mode où je montrais mon visage et la décision de partager mes articles sur ma page Facebook personnelle aussi bien que sur la page dédiée au blog.

Ce glissement s’est fait assez naturellement et aujourd’hui je m’aperçois que dans ma propre consommation de ce média, j’aime suivre « une personne » au-delà de son seul travail.

Dans l’univers des blogs Lifestyle, ce choix fait sens en ce qu’il permet je crois de s’identifier plus facilement, de pouvoir se projeter dans un univers et donc de favoriser l’inspiration.

Rompre l’anonymat n’a pourtant pas été une décision prise à la légère et j’ai cheminé longtemps avant de sauter le pas. Lorsque l’on blogue anonymement, on laisse beaucoup de place à l’imaginaire de ses lecteurs – comme un auteur avec ses personnages de roman – qui se font une idée de la personne que nous sommes comme de notre physique à travers notre manière d’écrire, nos sujets d’intérêt et notre sensibilité.

J’avais peur de décevoir cette image mais la briser pour mettre à la place le vrai « moi » – forcément moins romantique – était une étape clé du partage comme je voulais le créer sur mon blog. Un partage authentique, simple et bienveillant détaché de la perfection véhiculée par beaucoup de médias traditionnels.

Tenir un blog est une opportunité unique de reprendre la main sur l’image stéréotypée hommes/femmes et j’essaie de faire du mien – même si ce n’est qu’à une très très petite échelle – un outil supplémentaire vers ce but-là.

Quelle est la principale difficulté que tu aies rencontrée ?

Le sentiment d’être une imposteur. Je pense que celui-ci est favorisé en grande partie par le fait que je ne viens absolument pas d’une formation en lien avec ce média. J’ai acquis toutes les compétences qui y sont liées en autodidacte alors sûrement me sens-je moins légitime que d’autres et suis-je plus sensible aux doutes et aux remises en question douloureuses.

As-tu surmonté ce sentiment avec le temps ?

Toujours pas ! Je continue à me remettre en question à chaque nouvel article, à questionner sa pertinence, sa qualité, son intérêt, la clarté de son message et son accessibilité.

Le format « article » favorise ce chemin-là par la rapidité avec laquelle il est consommé, laissant la place au suivant. Dans nos vies professionnelles, nous travaillons souvent sur des projets beaucoup plus conséquents en termes de volume créé et donc de volume horaire consacré par projet. Les périodes en creux entre deux projets sont donc plus espacées dans le temps et peut-être plus longues aussi.

En publiant plusieurs fois par semaine, la remise en question est plus fréquente mais pas moins enrichissante.

J’essaie de voir ces questions de façon positive tant qu’elles me poussent à me dépasser encore, à m’améliorer et ne rien considérer comme acquis. Mais si elles me bloquent ou finissent par remettre en cause le projet tout entier – cela arrive parfois – alors j’arrive assez facilement à les démasquer comme délétères et leur opposer tout ce que ce projet m’apporte de positif au quotidien.

C’est une balance permanente entre vouloir faire toujours mieux sans me laisser ébranler par mes doutes au point de ne plus pouvoir bouger.

As-tu monétisé Miss Blemish ?

J’ai décidé de ne pas monétiser mon blog. C’est une question particulièrement épineuse en France où le rapport à l’argent est très pudique et j’ai trouvé que ce n’était pas forcément facile de trancher pour moi-même. Mais je sentais que monétiser mon blog allait à l’encontre de ce que je voulais qu’il soit et de mon rapport à ce média.

Lorsque ce n’est pas quelque chose avec lequel on est à l’aise, je pense que c’est difficile de le faire bien, de façon authentique et transparente.

Je me sens plus en accord avec le fait de ne pas monétiser mon blog alors je suis mon instinct. Si question d’argent il doit y avoir, je préférerais que ce soit de façon directe et claire – par le biais d’un service ou d’un produit que je proposerais à l’achat – plutôt que par le biais de publicité, d’articles sponsorisés ou de liens d’affiliation. Rien de tout cela n’est prévu dans l’immédiat mais c’est ce raisonnement qui m’a guidée dans mon choix. Parfois il faut commencer par identifier ce que l’on souhaite pour démasquer ce qui ne va pas dans le bon sens.

À côté de ce choix-là, je reçois parfois des demandes de la part de certaines marques pour tester un service ou un produit. Savoir comment y répondre m’a également demandé une longue réflexion qui m’a menée à identifier des questions clés que je me pose pour me décider : est-ce une marque que j’apprécie ou dont je suis déjà consommatrice ? Si ce produit/service ne m’était pas offert aurais-je les moyens de me l’offrir ? Si ce produit/service ne m’était pas offert, l’achèterais-je ? Est-ce quelque chose dont j’ai envie de parler sur mon blog au sein d’un article ?

Tous les produits que j’accepte de tester répondent à toutes ces questions-là par la positive. Et je crois qu’elles me protègent de certaines dérives et me permettent de toujours faire des choix en accord avec moi-même.

Quels outils t’aident au quotidien à gérer ton blog ?

Je crois que le premier outil qui participe à mon blog est mon portable ! Il y a deux ans, j’ai commencé à écrire sur les brouillons de ma boîte mail sitôt que me venait en tête une idée, une phrase qui sonne bien ou une piste à garder pour plus tard. L’écriture a ainsi pris la place que je voulais qu’elle ait dans mon quotidien.

Mes articles naissent donc tous ici, sur le clavier de mon téléphone à chaque moment en creux de mes journées. Ce procédé a énormément enrichi mon écriture, j’en parle un peu plus en détail dans cet article consacré à mon rituel d’écriture.

Hormis les textes, parmi les outils participant à mon blog il y a mon appareil photo (un reflex Canon 1100D et mon objectif chouchou 50mm f1.8), le carton plume qui sert de fond à certaines photos et Photoshop pour les retouches.

Pour l’édition des articles, le tableau de bord de WordPress et pour leur diffusion les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Pinterest et Instagram pour laquelle j’utilise VSCO et Whitagram.

Quel conseil partagerais-tu avec un blogueur plus débutant que toi ?

Prendre les tout premiers temps où les lecteurs sont rares comme une chance et profiter de ce sas de liberté pour expérimenter, trouver sa voix, se tromper, avancer, évoluer !

Je crois que les premiers temps ne sont pas faciles à gérer émotionnellement. Il y a l’euphorie de lancer un nouveau projet et d’y consacrer tout son coeur et son énergie d’une part et le peu d’impact que tout ce travail a en retour. Gérer cet écart n’est pas simple – cela ne le devient jamais tout à fait d’ailleurs.

Pourtant, la modestie des résultats des premiers temps et les difficultés que l’on peut rencontrer à obtenir le résultat escompté – en termes de photo, de design, de mise en page, d’écriture, de retours, de vues, de likes – ne disent rien de la suite de l’aventure.

Si les personnes au succès rapide et explosif sont les plus visibles, on peut progresser bien plus lentement et s’épanouir tout autant dans l’exercice du blogging… Je crois que c’est une étape importante de se demander quels sont nos buts, nos rêves et nos envies par rapport à ce projet, cela permet de s’éviter beaucoup d’angoisses que peuvent faire naître la comparaison à des parcours que nous ne voudrions pas pour nous-mêmes en réalité !

Merci beaucoup à Célie pour ce partage d’expérience ! Vous pouvez aller découvrir son univers sur Miss Blemish mais aussi la retrouver sur Facebook, Twitter, Instagram ou encore Pinterest.

Thèmes : Témoignages 

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2 commentaires sur “Témoignage – Miss Blemish : « Je continue à me remettre en question à chaque nouvel article »

  • Sarah, Les Jolis Mondes

    Super intéressante cette interview :) J’aime beaucoup lire Célie, ses articles sont souvent touchants et toujours pertinents. C’est chouette de découvrir l’envers du blog !

    Répondre à Sarah,
    • Marlène

      J’apprécie beaucoup l’authenticité de son blog, je la trouve rafraîchissante. On sent l’honnêteté et la bienveillance… et c’est toujours agréable !

      Répondre à Marlène
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