Créer un blog bilingue ou se limiter à une seule langue ? Conseils et défis techniques


Il y a quelques temps, j’ai reçu cette question : « Je suis bilingue et j’aimerais me lancer dans la création d’un blog. J’ai des doutes sur la langue dans laquelle je dois écrire le blog : écrire en anglais pour atteindre le maximum de personnes, en français parce que c’est le pays où j’habite ou faire un blog bilingue ? »

Cette question concerne une minorité de blogueurs mais elle est intéressante car c’est un véritable choix stratégique et technique !

Dans cet article, je vais partager avec vous quelques conseils pour choisir la langue de son blog ou envisager sereinement la création d’un blog bilingue.

Ligne décorative

Blog bilingue ou pas : les critères pour décider

À mes yeux, il y a plusieurs critères à prendre en compte pour choisir la langue de rédaction de son blog.

Votre maîtrise de la seconde langue

Si vous êtes bilingue de naissance, la question ne se pose pas… mais dans le cas contraire, il est indispensable d’évaluer votre niveau avec réalisme.

Ce n’est pas la même chose d’écrire dans sa langue maternelle et dans une langue étrangère. Les traducteurs professionnels le savent bien : on traduit toujours vers sa langue maternelle, même quand on a acquis un excellent niveau dans sa seconde langue.

En fonction de votre niveau, l’écriture d’un article peut demander plus de temps, la qualité de la langue peut être moins pointue, il peut arriver que l’on ait plus de mal à faire passer ses idées avec la même subtilité et la même précision que dans sa langue maternelle ou tout simplement que l’on ait un style d’écriture bien plus banal.

Bien entendu, on peut tout à fait se lancer le défi personnel d’écrire dans sa seconde langue pour progresser quand on n’a pas un niveau exceptionnel. Il faut simplement être conscient que ça demandera plus d’efforts et de temps.

Par ailleurs, le lecteur moyen n’est pas un philanthrope. Il vous lira parce qu’il aime votre plume et les sujets que vous abordez, pas pour vous encourager à parler anglais/russe/mandarin. D’où l’importance d’avoir un niveau suffisant pour que la lecture soit plaisante !

L’objectif de votre blog

Un blog vous entraîne souvent bien au-delà de ce que vous aviez prévu au départ. Il peut déboucher sur des rencontres et des opportunités (recevoir des produits, des invitations, etc).

Même si vous créez votre blog dans un univers « dématérialisé », je crois qu’il ne faut pas négliger la dimension réelle. Tisser des liens sur le plan local peut être très enrichissant pour un blogueur.

Si vous vivez en France ou en Belgique et que vous choisissez de tenir un blog en anglais, vous risquez de passer à côté de cette dimension locale : les gens de votre pays n’auront-ils pas plutôt tendance à privilégier un blog dans leur langue maternelle à un blog plus international ?

Le risque est finalement d’avoir un blog qui soit « partout et nulle part à la fois », qu’on ne rattache à aucune culture, aucun pays précis… ce qui est souvent davantage un handicap qu’un atout.

Choix de la langue du blog

Le sujet du blog et son environnement

Créer un blog bilingue ou rédiger un blog en anglais permet de toucher un lectorat plus vaste… mais de fait, la concurrence est elle aussi plus féroce !

C’est particulièrement vrai avec l’anglais, langue de communication internationale utilisée non seulement par des anglophones « de naissance » mais aussi par une foule d’internautes qui parlent des langues peu répandues et qui privilégient l’anglais pour se faire entendre.

Par ailleurs, la langue n’est pas synonyme de culture. Par exemple, on parle français au Québec ou encore en France et pourtant, je ne pense pas que nous ayons les mêmes références culturelles, les mêmes expressions, les mêmes habitudes…

Sur certains sujets, il faut aller au-delà d’une simple traduction et faire un véritable travail d’adaptation pour que vos articles parlent à des gens qui n’ont pas forcément la même culture que la vôtre.

C’est pourquoi on distingue souvent la notion de « site multilingue » (site en plusieurs langues, indépendamment de la culture visée) et celle de « site multirégional » (site qui cible différentes régions du monde, même si la langue est parfois la même : on pourra par exemple choisir « France, Canada, Belgique »).

Votre temps libre

Si vous vous limitez à une seule langue, qu’elle soit étrangère ou pas, vous êtes dans la même situation que la plupart des blogueurs… mais si vous ouvrez un blog bilingue, ça demande un peu plus de travail.

Au-delà de la création de contenus dans la seconde langue, il faut décliner ses publications sur les réseaux sociaux en plusieurs langues également.

En résumé, je pense qu’un blog bilingue est, en soi, une excellente idée pour toucher un lectorat vaste… à condition d’avoir un bon niveau dans la seconde langue et d’avoir le temps de « tout gérer » (contenus en deux langues, promotion des contenus auprès des différents publics, etc). Ça permet de garder la dimension locale liée au pays dans lequel on vit tout en élargissant ses horizons à travers la seconde langue.

D’ailleurs, on n’est pas obligé de proposer une simple traduction de ses contenus, on peut imaginer des contenus distincts pour chacune des langues.

En revanche, choisir d’écrire tout un blog dans une autre langue que sa langue maternelle est plus périlleux : ça peut demander beaucoup d’énergie, vous exposer à une concurrence plus forte et surtout, vous priver de l’opportunité de tisser des liens « dans la vraie vie » autour de votre blog.

Les enjeux d'un blog bilingue
Les enjeux d’un blog bilingue

Créer un blog bilingue : des défis techniques à relever

Créer un blog bilingue ne se résume pas à proposer des contenus en deux langues. Ça implique aussi quelques défis techniques !

Nom de domaine différent ou pas ?

Quand on fait un blog bilingue, on a une foule de choix techniques à disposition :

  • Réserver un nom de domaine pour chaque langue : par exemple, « blog.fr » pour le français et « blog.de » pour l’allemand.
  • Proposer chaque langue dans un répertoire distinct : par exemple « blog.com/fr/ » pour le français et « blog.com/de/ » pour l’allemand.
  • Proposer chaque langue sur un sous-domaine distinct : par exemple, « fr.blog.com » et « de.blog.com ».
  • Proposer une version bilingue des contenus sur la même page, avec une langue puis l’autre.

Je ne peux pas entrer dans les détails du référencement international ici mais pour un blogueur, voici mon point de vue sur la question, en commençant par les deux solutions qui me semblent les moins bonnes :

  • Mélanger les langues sur une même page n’est pas bon pour le référencement (il est difficile pour un moteur de recherche de vous accorder la même pertinence que quelqu’un qui cible un seul public) et c’est souvent confus pour l’utilisateur lui-même : commentaires tantôt dans une langue, tantôt dans l’autre, etc. Evitez quoi qu’il arrive cette solution.
  • Choisir un sous-domaine par langue : réservez plutôt les sous-domaines aux situations où vous voulez « isoler » une partie d’un site (par exemple, un site corporate qui met sa boutique sur un sous-domaine boutique.sitecorporate.com).

Il reste deux solutions viables :

  • Un nom de domaine distinct pour chaque langue est très bien (c’est ce qu’a choisi Amazon !) mais exige énormément de travail : chaque site est réellement indépendant, il faut donc produire du contenu régulièrement sur chacun, les promouvoir autant l’un que l’autre (réseaux sociaux, liens depuis des sites tiers, échanges avec d’autres blogueurs, etc) ; idéalement il faut aussi que chaque site soit hébergé dans un lieu « géographiquement proche » du pays que l’on cible…
  • Pour un blogueur, choisir un répertoire par langue me semble être le plus adapté : vous êtes une seule personne donc ça vous permet d’avoir un seul site à gérer (moins coûteux et plus pratique pour les mises à jour, la personnalisation graphique, etc), ça permet de donner plus de « poids » à votre nom de domaine car il va capitaliser des liens dans les deux langues, il aura des mises à jour régulières que ce soit dans une langue ou dans l’autre.

Si vous utilisez WordPress, il existe de nombreux plugins pour vous faciliter la gestion d’un blog bilingue.

Hébergement et performances techniques

La distance géographique entre le lieu où votre site est hébergé et le lieu où vos visiteurs se trouvent affecte les performances du site.

Par exemple, No Tuxedo est hébergé en France. Imaginons que je m’y connecte depuis Londres, qui n’est pas très loin… La page d’accueil se charge en 2 secondes. Mais depuis le Canada, on passe à 3.5 secondes !

Temps de chargement selon la distance géographique
Temps de chargement selon la distance géographique

Pour un blog bilingue qui vise des publics dans deux zones du monde très éloignées, c’est une réelle problématique. La solution consiste souvent à utiliser un CDN (« Content Delivery Network »).

Pour simplifier, le rôle du CDN est de créer des « copies » de votre site (de manière totalement transparente, bien sûr !) sur différents serveurs un peu partout dans le monde… et, en fonction de l’emplacement du visiteur qui veut consulter le site, le CDN lui propose la version la plus proche géographiquement.

La balise « hreflang » pour les contenus traduits

Il est impossible, dans cet article, de vous expliquer toutes les subtilités du référencement multilingue… mais gardez en tête qu’un blog bilingue a quelques particularités en la matière.

Si vous traduisez vos contenus, il existe par exemple une balise spécifique à insérer dans le code des pages, la balise hreflang, qui permet d’indiquer aux moteurs de recherche qu’il existe plusieurs versions d’un même article dans des langues différentes.

Vous devez aussi veiller à proposer un moyen facile de passer d’une langue à l’autre (drapeau cliquable, menu déroulant), et éviter de rediriger automatiquement l’internaute en essayant de détecter sa langue.

Ergonomie et design

Certaines langues peuvent aussi exiger des polices d’écriture spécifiques (accents, alphabets différents, etc)… ou s’écrivent de droite à gauche et non de gauche à droite.

Ca implique par exemple de choisir un thème capable de gérer le « RTL » (right-to-left : sens d’écriture de droite à gauche) autant que le sens d’écriture français.

Voilà, dans les grandes lignes, quelques-uns des éléments à prendre en compte à mes yeux avant de se lancer dans l’aventure du blog bilingue.

Y a-t-il d’autres éléments qui vous semblent importants ? Avez-vous fait le choix de proposer votre blog dans une autre langue que le français et comment le vivez-vous au quotidien ?
Thèmes : Devenir blogueur 

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14 commentaires sur “Créer un blog bilingue ou se limiter à une seule langue ? Conseils et défis techniques

  • Bernieshoot

    Bonjour Marlène,
    Dans mon domaine professionnel, j’ai pratiqué naturellement le français et l’anglais. Il était naturel, pour moi qu’il en soit de même pour mes blogs.
    Tu le soulignes avec raison, bilingue ne veut pas dire traduction des articles, il peut y en avoir, mais de mon côté , ce n’est pas l’objectif.
    L’anglais est parfois, souvent, la langue d’échange, de référence, comme par exemple dans le domaine aéronautique. Concernant l’anglais, il faut opter pour l’anglais « Grande Bretagne » ou l’anglais « américain ».
    Concernant le référencement, tu as sans doute raison sur l’aspect pénalisation, mais je reste persuader que le grand maitre google n’est pas si bête que ça finalement. Plus que l’aspect technique, il me semble que ce qui va être essentiel c’est d’avoir un réseau francophone et anglophone, ce qui va donner un réel sens lors des partages sur les réseaux sociaux.
    Pour terminer, quelque soit la langue, il est préférable de la maitriser pour publier.

    Répondre à Bernieshoot
    • Marlène

      Google n’est pas bête… mais il n’en demeure pas moins que ça reste une « machine ». Deux langues sur une même page reste, à ce jour, un choix déconseillé ;) Par ailleurs, j’ai travaillé avec une entreprise qui avait un problème de gestion des langues sur Google, je ne te dis pas quel chiffre d’affaires ça leur faisait perdre, ça se compte en millions ;) Donc c’est loin d’être un aspect négligeable, tout dépend encore une fois des enjeux du site dont il est question car ce ne sont pas les mêmes pour un professionnel et pour un amateur.

      Je te rejoins sur la notion de maîtrise de la langue, c’est appréciable pour le lecteur qui peut bénéficier de textes de qualité mais aussi pour le blogueur car écrire dans une langue que l’on maîtrise mal est vraiment fatigant, je me fais la réflexion à chaque fois que j’essaie de baragouiner en allemand :)

      Répondre à Marlène
  • Suny ☼

    Je n’aurai pas le courage de créer un blog bilingue car ça nécessiterait un travail colossal de traduction, mais je me suis déjà posé la question sur le référencement à ce sujet. Alors sujet super bienvenu!

    Marlène, je me demandais un truc : supposons comme exemple que je voudrais créer un blog de diététique japonaise, tout rédigé en français. L’essentiel est rédigé en français, ok. Mais sur le blog, je voudrais juste ajouter une page spéciale de 50-100 lignes écrite en chinois/japonais pour présenter le site, quelques produits et attirer la clientèle asiatique.
    Le but : attirer la communauté asiatique de France qui pour certains vont sur Google et ont l’habitude de taper en japonais/chinois, et avoir une chance de les attirer sur le site avec des mots-clés spécifiques liés à leur ville.

    Est-ce que tu sais si Google peut sanctionner ce genre d’action ? Si les robots peuvent pénaliser ?
    C’est comme si toi avec notuxedo, je sais pas, tu créeais une page en dehors de ton blog, un article en japonais, (l’exemple est mal choisi mais tu comprends le principe). Est-ce que cette page sera pénalisée par Google puisqu’elle n’est pas cohérente avec le reste de ton ensemble ?

    Normalement, non, puisque les sites ont le droit d’être bilingues, c’est ce que je me dis par logique ! Mais je te pose la question car j’ai un doute. ^_^

    Répondre à Suny
    • Marlène

      Google est capable aujourd’hui d’analyser un site page par page, pas seulement dans sa globalité. Créer une page à destination d’un autre public ne me semble pas incohérent. La vraie question est plutôt « Est-ce qu’une page suffira à drainer le public visé »…

      Répondre à Marlène
  • Sophia

    Bonjour et merci beaucoup pour cet article.
    Je suis née dans un pays bilingue et sur mon blog actuellement, je rédige des articles dans les deux langues mais sur la même plate forme. Votre article m’aidera sans doute à remettre ce joie en question , merci.

    Répondre à Sophia
    • Marlène

      Ce n’est pas un problème de le faire « sur la même plateforme » si on parle du même site :) En revanche, ce n’est pas conseillé de le faire sur une même page par exemple.

      Répondre à Marlène
  • Helvetia Historica

    Merci pour cet article. Il a relancé ma réflexion quant à d’éventuelles traductions de mon blogue. Ce dernier est en effet consacré à l’histoire de la Suisse. L’un de mes objectifs, à long terme, serait de le rendre disponible dans les quatre langues nationales. Mais il s’agit-là d’un projet qui demandera beaucoup de temps… et d’investissement ;)

    Merci encore pour vos précieuses contributions !

    Répondre à Helvetia
    • Marlène

      Effectivement, c’est ambitieux… mais compte tenu de la nature du site, c’est un choix qui ne manquerait pas de pertinence !

      Répondre à Marlène
  • Saku

    Hello, merci pour l’article =)
    Je tiens un blog BD où je poste aussi quelques articles. J’aimerai peut être proposer les BD en anglais (cela me semble assez simple à traduire) mais en ce qui concerne les articles je pense que mon niveau d’anglais est trop faible. Comme je suis dans une niche qui marche très fort aux états unis, ça serait peut être une idée, je vais y réfléchir…
    Merci =)

    Répondre à Saku
  • Daphné @ be frenchie

    Et le choix du bilinguisme peut aussi influer sur le nom du site ou blog.

    Au départ, mon idée était de faire un blog bilingue français / anglais axé sur ma région qui serait destiné à un public venant la découvrir. J’ai heureusement choisi un nom suffisamment générique, puisque mon blog est parti dans une tout autre direction, plus personnelle, quelques mois après. Mais j’ai mis du temps à accepter de supprimer tous les articles que j’avais traduits en anglais, et qui n’avaient plus rien à faire là. Et le nom de mon blog, quoique étant très simple, sonne étrangement maintenant qu’il n’est plus bilingue. Comme quoi, un projet peut toujours évoluer loin de l’idée de départ et tout n’est pas adaptable ; alors mieux vaut ne pas se fermer des portes en concevant l’idée d’origine, et laisser un projet nous guider naturellement vers ce qui nous ressemble le plus.

    Répondre à Daphné
    • Marlène

      Dans ton « malheur » tu as choisi des mots qui sont assez faciles à comprendre (« Frenchie » reste utilisé par les Français !). Je pense que le nom, en soi, n’est pas forcément un frein au développement, il suffit de voir le nombre de marques qui ont des noms imprononçables dans une autre culture que leur culture d’origine :) Mais c’est sûr que ça ne facilite pas la mémorisation (et l’orthographe) quand on ne comprend pas le sens d’un nom.

      Répondre à Marlène
    • Daphné @ be frenchie

      Oui, ce nom a du sens pour moi, puisque je suis réellement devenue Frenchie maintenant ;-) . Et on peut faire d’un nom imprononçable une force marketing, comme Ikea avec ses produits volontairement estampillés suédois.

      Mais je voulais surtout dire qu’il ne faut jamais oublier au départ qu’on a beau avoir un projet construit, je pense qu’il est courant qu’un blog parte dans une autre direction que ce qu’on avait imaginé ( si je ne me trompe pas, tu as d’ailleurs vécu ça aussi avec No Tuxedo – dont j’adore la symbolique du nom d’ailleurs ).

      Répondre à Daphné
    • Marlène

      Tout à fait, je n’imaginais pas une seule seconde accorder tant de place au web. D’ailleurs, je n’imaginais pas non plus que mon petit blog voyage allait dépasser No Tuxedo en trafic alors que je traite de destinations qui me semblaient assez « peu exotiques » par rapport aux blogs voyage les plus connus :)

      Je crois que tout projet (web ou pas, d’ailleurs !) peut nous entraîner dans une direction inattendue. C’est souvent une bonne chose mais ça rappelle l’importance de ne pas choisir un nom trop restrictif au départ.

      Répondre à Marlène
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