7 symptômes du complexe d’infériorité et 6 solutions



Le sentiment d’infériorité, ou complexe d’infériorité, paralyse beaucoup de gens dans le travail, en amour ou dans d’autres domaines de la vie. Il peut avoir des conséquences désastreuses en matière d’épanouissement personnel dans un projet d’entrepreneuriat… alors dans cet article, nous allons évoquer les symptômes du complexe d’infériorité, et comment le prendre à bras-le-corps si vous pensez en souffrir !

Il va de soi que se sentir moins bon que les autres, moins légitime, moins apprécié, est pénible sur le plan émotionnel… mais cela peut aussi vous pousser à abandonner un projet alors que sur le papier, vous avez toutes les cartes en main pour réussir. Le sentiment d’infériorité affecte aussi les relations que l’on entretient avec les autres.

Pour cette raison, il est très important de ne pas le négliger… et de considérer qu’un travail sur ce genre de ressenti fait partie intégrante de votre chemin d’entrepreneur !

Le complexe d’infériorité : définition

Éprouver un sentiment d’infériorité peut être très sain et vous pousser à progresser pour atteindre le niveau de ceux que vous considérez comme des modèles. Mais dans dans le cas d’un complexe d’infériorité en psychologie, ce sentiment devient au contraire paralysant et est associé à des émotions négatives.

Réalité vs. émotions

Pour comprendre la définition du complexe d’infériorité, il faut prendre conscience que la réalité et les émotions qu’elle provoque chez vous sont deux choses différentes. Le philosophe Epictète le résumait ainsi :

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils s’en font ».

Les choses, ce sont ces faits qui sont les mêmes pour tout le monde. Les jugements vont être votre propre manière, intime, de ressentir les choses. Ce sont les émotions que vous allez éprouver face à ces événements.

Palette de sentiments

Pour illustrer la différence entre ces deux éléments, nous pouvons prendre l’exemple d’une situation très forte émotionnellement : le décès d’un proche suite à une maladie grave. La réalité est malheureusement la même pour tout le monde : cette personne est décédée. Les émotions peuvent, à l’inverse, être très différentes d’une personne à l’autre :

  • A. pourra ressentir une forme de soulagement : « Au moins, il ne souffre plus, c’était tellement difficile pour lui à la fin » ;
  • B. éprouvera peut-être des regrets : « On aurait peut-être dû tenter une campagne de crowdfunding pour financer un traitement expérimental aux États-Unis » ;
  • C. ressentira une certaine culpabilité : « J’avoue que je ne suis pas allé le voir assez souvent, c’était trop dur pour moi de le voir dans cet état » ;
  • D. sera en colère : « Tu te rends compte, les médecins ont fait traîner le diagnostic pendant 3 mois, on n’en serait pas là s’il avait été pris en charge dès le début ! »

Le même genre de situation peut se produire dans un contexte de travail. Prenons l’exemple d’une réunion qui s’annule au dernier moment. Vous deviez présenter votre travail à un client.

  • A. va peut-être sauter de joie : « Génial, la réunion est annulée, ça me laisse le temps de peaufiner la présentation et de la relire une dernière fois à tête reposée ! » ;
  • B. va être furieux contre le client : « Quel manque de respect pour mon travail, il annule juste avant comme si j’étais à sa disposition ! » ;
  • C. va être philosophe : « On va reprogrammer, pas grave, je vais pouvoir avancer sur d’autres sujets » ;
  • D. va être très déçu(e) : « J’avais tellement bossé, je me sentais prêt(e) et c’est annulé ».

Là encore, alors que le sujet est beaucoup moins dramatique, on constate qu’il existe une différence entre « les choses » dont parle Epictète (« la réunion est annulée ») et « les jugements » (le ressenti personnel que chacun peut avoir par rapport à ces choses).

La résistance à la subjectivité et à l’objectivité

Si la plupart des gens sont d’accord pour admettre qu’il y a plusieurs façons d’envisager une situation, il est cependant fréquent de rencontrer des résistances.

Il y a d’abord ce que j’appellerais une résistance à l’objectivité, c’est-à-dire une difficulté à considérer que les faits, en soi, ne sont ni bons ni mauvais. Nous avons naturellement tendance à polariser les choses : le bien vs. le mal, grand vs. petit, positif vs. négatif… Alors il est parfois compliqué d’admettre l’idée qu’un fait est juste un fait.

Par exemple, vous allez peut-être me dire : « Euh… dans ton histoire de la mort de quelqu’un, c’est quand même une mauvaise nouvelle ! » Ce n’est pas un fait très positif, la mort ! En réalité, si on retire tout le vernis émotionnel, la mort n’est ni une bonne, ni une mauvaise chose. C’est un état de fait : le fait que le cerveau n’ait plus d’activité.

Si le défunt est quelqu’un qui vous a fait atrocement souffrir, peut-être que sa mort va vous procurer un sentiment dit « positif » (apaisement, libération). Si vous l’aimiez, vous allez être dévasté. Bien sûr, dans notre société, la norme est de ressentir de la tristesse et de considérer la mort comme un événement tragique mais objectivement, la mort est « juste » la mort.

Ligne décorative

La deuxième forme de résistance est ce que je pourrais qualifier de résistance à la subjectivité : on a souvent du mal à admettre que nous sommes des êtres très subjectifs ! Nous pensons souvent être guidés par des critères objectifs, en négligeant le rôle que jouent les émotions dans les décisions.

Prenons l’exemple d’une situation qui peut arriver dans le travail : quelqu’un que vous connaissez a reçu une remarque un peu sèche d’un client ou d’un collaborateur, et en est très affecté. Il n’arrête pas d’en parler, de ruminer la situation (« tu te rends compte, il m’a dit ça ! ») et cela commence à vous agacer prodigieusement car, dans votre esprit, « il n’y a pas matière à en faire un plat ».

Ce genre de cas de figure se produit sans arrêt, dans la vie professionnelle comme dans la vie privée. On a tendance à considérer que notre propre perception, nos propres émotions (« on ne va pas en faire un plat ») devraient s’appliquer aussi aux autres. De fait, on peut donc éprouver de l’incompréhension quand ce n’est pas le cas, voire de l’énervement.

Venons-en au complexe d’infériorité

Quel lien entre tout ce que je viens de vous raconter et le sentiment d’infériorité ? Ce sont tout simplement les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre.

Un complexe d’infériorité survient lorsque vous avez objectivement des compétences dans un domaine mais que vous restez persuadé que vous êtes moins bon, moins doué, moins légitime.

Ou alors lorsque vous avez une insuffisance réelle (par exemple, vous n’êtes pas à l’aise pour prendre la parole en public) et que vous vous persuadez que votre vie serait TOTALEMENT différente si vous ne l’aviez pas : ah, si seulement vous étiez plus à l’aise en public, vous ne feriez pas le même job, vous n’auriez pas les mêmes amis ni le même compte en banque, etc.

Un décalage se produit entre la réalité et votre jugement.

Je pense que vous réalisez bien à quel point ça peut être paralysant :

  • Dans votre épanouissement personnel, car vous avez souvent l’impression de ne pas être à votre place, vous avez peur d’échouer ou de ne pas être à la hauteur.
  • Dans vos projets, car vous ne vous sentez pas capable de réaliser certaines choses alors que vos compétences vous le permettraient largement.

Là où une personne ordinaire considère que l’échec fait partie de la vie, se lance et se sert de ses erreurs pour avancer, la victime d’un complexe d’infériorité peut rester bloquée par ses hésitations. Si vous envisagez de devenir entrepreneur ou de créer une entreprise, cela peut donc être un vrai frein à votre développement.


6 symptômes du complexe d’infériorité

1. Vous êtes très perfectionniste

Si vous souffrez d’un complexe d’infériorité, vous avez peut-être l’impression de ne pas être à la hauteur, qu’il vous manque certaines compétences ou certains atouts par rapport aux autres. Vous avez parfois le sentiment qu’ils s’en sortent toujours mieux que vous.

Pour compenser ce « manque » que vous ressentez, vous allez parfois travailler deux fois plus dur que les autres, par peur de laisser passer une imperfection.

Perfectionnisme : quand le travail devient un moyen de compenser
Perfectionnisme : quand le travail devient un moyen de compenser

2. Vous avez parfois du mal à aller au bout de vos projets

Chez certaines personnes, le sentiment d’infériorité produit l’effet inverse : vous avez tendance à vous comparer aux meilleurs dans votre discipline mais au lieu de vous booster, de vous pousser à vous dépasser pour progresser, cette comparaison vous empêche d’agir.

Vous avez l’impression que quoi que vous fassiez, vous n’arriverez jamais à atteindre leur succès, leur niveau, leur talent. Et vous finissez par penser : « A quoi bon ? Pourquoi me donner tant de mal puisqu’au fond, je serai toujours moins bon que les autres ». Au-delà du découragement, vous avez l’impression qu’un échec vous anéantirait émotionnellement (a fortiori si vous en avez déjà vécu un).

Alors vous allez abandonner vos projets, voire les tuer dans l’œuf en estimant que vous n’avez pas les compétences ou les qualités nécessaires pour les mener à bien, même si au départ vous avez beaucoup d’idées.

Parfois, le cerveau est encore plus fourbe ;) Vous allez procrastiner, en vous inventant toutes sortes d’excuses… ou vous allez faire partie des gens qui pensent qu’il faut attendre le bon moment pour se lancer.

Attendre d’avoir plus de compétences, plus d’argent, plus de relations, plus de stabilité dans votre vie, quelques années de plus… toutes les excuses sont bonnes pour retarder – souvent inconsciemment – le moment où vous devrez vous confronter à ces « autres » qui ont l’air si doués. Une confrontation qui vous placera en réalité face à vous-même avant tout !

3. La concurrence vous effraie

Parmi les symptômes du complexe d’infériorité, il y a bien sûr ce rapport complexe à la concurrence, qui apparaît comme une menace plus que comme un stimulant. Or, elle est omniprésente.

Il y a, bien sûr, les situations où elle prend la forme d’une compétition officielle : un concours, un pitch pour « gagner » un client… Mais il y a surtout, plus largement, toutes les situations où vous êtes confronté à des gens qui font plus ou moins la même chose que vous : des collègues de travail, des freelances ou des entreprises qui travaillent dans le même secteur d’activité si vous êtes entrepreneur.

Une personne qui souffre d’un sentiment d’infériorité passe souvent beaucoup de temps à se comparer aux autres… et souvent, c’est une comparaison biaisée : vous allez vous concentrer sur LE petit élément sur lequel la personne vous semble meilleure que vous… et le généraliser.

  • En considérant que la personne est meilleure que vous « dans l’absolu », dans tous les domaines. Par exemple, si votre concurrente Clara sait très bien se vendre, vous allez estimer qu’elle est forcément plus compétente, plus appréciée des clients, qu’elle fera un meilleur chiffre d’affaires que vous…
  • En changeant systématiquement de mètre-étalon d’une personne à l’autre : par exemple, si votre collègue Flore écrit très bien, vous allez dire qu’elle est meilleure que vous ; si votre concurrent Pierre est plus doué que vous en graphisme, vous considérerez que Pierre est meilleur que vous. Résultat : tout le monde vous semble meilleur que vous, sauf qu’en réalité, vous comparez à chaque fois des choses différentes !
Quand se comparer aux autres devient néfaste
Quand se comparer aux autres devient néfaste

4. Vous n’osez pas vous mettre en avant

Par peur du rejet, par peur d’être critiqués, les gens qui ont un sentiment d’infériorité préfèrent souvent rester dans l’ombre et éviter de se mettre en avant. Prendre la parole en public, c’est s’exposer à ne pas être apprécié, à être critiqué… et avec un complexe d’infériorité, vous avez l’impression d’être moins bon que les autres donc que l’on va FORCÉMENT vous critiquer.

Vous estimez souvent avoir du mal à vous vendre et c’est le serpent qui se mord la queue : votre attitude va traduire votre malaise (par exemple, vous baissez les yeux, vous ne parlez pas très fort, vous hésitez beaucoup en présentant vos idées)… donc forcément, vos interlocuteurs vont ressentir ce malaise et avoir le vague sentiment que vous n’êtes pas très sûr de vous… ce qui donnera un impact limité à votre discours… et on revient au point de départ !

5. Vous pensez ne pas mériter l’intérêt des autres

L’un des symptômes du complexe d’infériorité est l’impression de ne pas être digne de l’attention des autres. La peur du rejet et du jugement vous poussera peut-être à éviter les situations sociales pour vous protéger, ou à accorder peu de crédit aux marques de sympathie dont vous faites l’objet.

Par exemple, vous aurez tendance à croire qu’on vous invite par politesse mais sans réelle envie que vous soyez là. Même chose si une relation vous dit « Oh, ça me ferait plaisir qu’on aille boire un café un de ces jours, ça fait longtemps ! » Vous vous direz que c’est une phrase en l’air. Idem si on vous complimente, vous penserez peut-être que ce n’est pas sincère, ou que votre interlocuteur cherche à obtenir quelque chose de vous.

Vous pouvez aussi vous sacrifier pour les autres : ne pas exprimer vos envies, vos désaccords, toujours faire passer les autres avant vous. En soi, si la générosité est une grande qualité, elle peut ici générer de la frustration car en réalité, si vous vous reléguez au second plan, c’est parce que vous croyez que vos ressentis sont moins importants que ceux des autres, au point de devoir passer après.

Alors vous préférez souvent vous isoler… et là aussi, c’est un cercle vicieux : quand on n’est pas très à l’aise socialement, c’est en échangeant avec les autres que l’on va petit à petit acquérir plus d’aisance dans les conversations, savoir quoi dire à des gens que l’on ne connaît pas (le livre Comment se faire des amis de Dale Carnegie est plein de ressources à cet égard !). Si vous fuyez au contraire les interactions, vous risquez de ne pas faire progresser vos compétences sociales et de vous isoler encore plus.

Les interactions sociales, ça se travaille !
Les interactions sociales, ça se travaille !

6. Vous voyez beaucoup les défauts des gens

Paradoxalement, alors que vous vous pensez vous-même être le pire condensé de défauts au monde… vous détectez à la perfection les défauts des autres ! Et parfois, cela vous énerve au plus haut point car vous avez l’impression que malgré leurs failles, ils sont considérés comme meilleurs que vous. Ce qui nourrit un grand sentiment d’injustice.

Prudence ! Chez certaines personnes, cela pousse à adopter un mécanisme de défense assez néfaste : rabaisser les autres en mettant le doigt sur ces défauts.

Par exemple, vous aimez bien faire des photos et vous savez que c’est aussi le cas de votre connaissance, Julien. Un jour, vous apprenez que les photos de Julien vont être publiées dans un magazine. Vous ressentez alors une énorme frustration car vous estimez que les photos de Julien n’ont rien de si « génial » par rapport aux vôtres… et pourtant, lui a cette opportunité d’être publié.

En réalité, peut-être que Julien a tout simplement « provoqué l’opportunité » en contactant le magazine, peut-être qu’il connaît quelqu’un dans l’équipe de rédaction et qu’au fond, vous auriez été tout aussi légitime à publier des photos…

7. Vous prenez tout très à cœur

Autre symptôme du complexe d’infériorité : vous avez tendance à être très touché par la moindre remarque, la moindre critique, bien plus qu’une personne ordinaire.

Vous vous vexez parfois alors que vos proches estiment que ce sont « des détails », vous ruminez ce qu’on vous a dit en boucle et vous rejouez le scénario de ce que vous auriez pu/dû répondre. Cela vous dévore de l’intérieur et vous rend malheureux.

Pour conclure sur ces symptômes du complexe d’infériorité, je voudrais vous dire avec beaucoup de bienveillance que ces signes sont avant tout des moyens de protection, pour sauver une estime de soi en difficulté.

Je lis parfois des articles horrifiants sur le sentiment d’infériorité, qui accusent les victimes d’être asociales, susceptibles, fainéantes et incapables de se remettre en question. C’est sûr que ça va beaucoup aider à relever le niveau de confiance en soi !

Si vous avez du mal à vous impliquer pleinement dans des relations, que vous souffrez des critiques, que vous avez peur d’agir par peur de « mal faire »… c’est avant tout parce que vous ne vous faites pas confiance. Ça peut changer… et nous allons maintenant voir ensemble comment !

Quelles solutions contre un complexe d’infériorité en psychologie ?

Si le problème est profondément ancré en vous, dans vos comportements, il peut être difficile d’en sortir tout seul. Néanmoins, il est des astuces que l’on peut piquer aux thérapies professionnelles du complexe d’infériorité en psychologie.

Quelles solutions contre un complexe d'infériorité ?
Quelles solutions contre un complexe d’infériorité ?

1. Contextualisez votre sentiment d’infériorité

Il est trop facile de dire « Je suis nul », « Je ne suis pas à la hauteur », et de vous contenter de cette vision trèèèèès large !

Commencez par vous poser des questions précises :

  • Est-ce que ça se produit dans toutes les situations ? Y a-t-il des moments, des actes précis qui déclenchent votre sentiment d’être inférieur aux autres ?
  • Êtes-vous capable de citer 5 exemples récents de moments où vous vous êtes senti inférieur ? Quel était le contexte exact, les personnes présentes, ont-elles dit/fait quelque chose qui vous a donné ce sentiment ? Comment avez-vous réagi ? Quelle réaction aurait-il fallu avoir selon vous pour que ça se passe mieux ?
  • Sur quelles choses concrètes avez-vous déjà été freiné par votre complexe d’infériorité ? Y a-t-il des projets auxquels vous avez renoncé par peur de ne pas être à la hauteur ? Lesquels ? Avec le recul, auriez-vous pu faire quelque chose pour avoir davantage confiance en vous (vous former, vous faire aider, etc) ?
  • Y a-t-il une personne en particulier à qui vous vous sentez très inférieur ? Quel aspect précis de sa personne admirez-vous ou enviez-vous ? Quels éléments concrets vous font penser que cette personne est meilleure que vous ?

L’objectif de cette étape du travail est de délaisser la réaction très émotionnelle que vous avez spontanément pour poser des faits sur la situation.

Exemple : au lieu du « je suis nul en relation client », ça va donner quelque chose comme « Jeudi dernier, j’avais une réunion avec mon client et il m’a fait remarquer qu’il ne comprenait pas l’intérêt de mon travail. Je n’ai pas su quoi dire, je me suis senti nul, en plus j’avais passé beaucoup de temps dessus. Alors qu’en une phrase, mon collègue lui a expliqué que cette étude allait l’aider à piloter toute sa stratégie annuelle, que s’il ne comprenait pas, on pouvait prendre le temps de lui réexpliquer ou de redéfinir avec lui certains objectifs. Il a eu l’air tellement rassurant et crédible que j’ai eu l’impression d’être incompétent face à lui ».

Là, vous avez déjà plein d’éléments pour travailler : vous estimez ne pas savoir réagir à une critique que vous jugez injustifiée ; vous enviez le côté rassurant de votre collègue, l’occasion de se demander ce qui fait qu’une personne paraît « rassurante » ?

2. Prêtez attention à vos pensées

– Professeur, est-ce que tout ceci est réel ou ça se passe dans ma tête ?
– Bien sûr que ça se passe dans ta tête, Harry. Mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n’est pas réel ?
(Le professeur Dumbledore, Harry Potter)

Acceptez de ressentir des choses. Régler un complexe d’infériorité ne consiste pas à se sentir supérieur en toutes circonstances et « se moquer du regard des autres » au sens premier du mot. Même sans complexe, on peut avoir des moments de doute, des sujets sur lesquels on est moins à l’aise que d’autres.

C’est le fait de s’y confronter, d’accepter que cela fasse partie de soi, qui aide à afficher cette confiance que vous enviez chez les autres. Dans mon exemple précédent, votre réaction face au client qui critique est de perdre vos moyens parce que vous vous dites « oh la la, j’ai mal fait mon travail ». Avant même d’envisager toute autre option.

Alors que votre collègue reconnaît une chose : le client n’a rien compris. Il ne dit pas que c’est de votre faute, il part simplement d’un fait : quelque chose n’a pas été clair, le message n’est pas passé comme il aurait dû passer. Ca lui permet d’ignorer la question secondaire du « qui est responsable » (vous ou le client) pour proposer une solution… et c’est ça qui le rend crédible.

L’idée pour vous est de prendre conscience que vous « déformez » une réalité sans le vouloir : la réalité, c’est que le client n’a pas compris, il se sent frustré car il a payé pour un travail et ne voit pas comment s’en servir. La réalité n’est pas : « vous avez été mauvais sur toute la ligne » (le client peut AUSSI être de mauvaise foi ou pas très fute-fute ^^).

Oui, il y a sûrement des points à améliorer pour que le message passe mieux, il faut peut-être ajuster la pédagogie, la façon de présenter les choses… mais ça viendra plus tard !

3. Elaborez des pensées alternatives grâce à la décentration

Comme je vous le montrais en début d’article, il y a toujours plusieurs manières de percevoir la réalité. Travaillez là-dessus… et pour y parvenir, jouez avec la situation.

1) Imaginez un autre contexte : si ça avait été un autre client, un autre collègue, une autre façon de formuler la critique, auriez-vous réagi pareil ? Les choses auraient-elles pu se passer différemment ?

2) Imaginez une autre personne : comment réagit votre collègue quand il reçoit une critique ? Avez-vous en tête des exemples de gens qui, selon vous, savent très bien gérer une remarque désagréable ? Comment font-ils ? Que disent-ils ? Est-ce que vous pouvez leur piquer certaines façons de faire ?

3) Imaginez un autre vous-même : si vous aviez plus confiance en vous, si vous aviez plus de seniorité dans votre activité, comment auriez-vous réagi ?

Encore une fois, l’objectif est d’apprendre à sortir de votre « émotion » pour prendre de la distance sur une situation. A partir de ce travail, vous pouvez lister des manières d’agir alternatives.

Par exemple…

  • « J’aurais pu demander au client de préciser ce qui n’était pas clair pour lui ».
  • « J’aurais pu réexpliquer dans quel contexte nous avons réalisé cette étude, et à quoi elle va servir ».
  • « J’aurais pu demander au client ce qu’il attend de notre collaboration, pour pouvoir faire le lien entre son attente et mon travail ».

C’est un exercice que je vous conseille de faire de manière très scolaire. Vous pouvez par exemple acheter un petit carnet et noter au fur et à mesure les situations difficiles que vous vivez, avec :

  • La situation : les personnes présentes, les paroles exactes prononcées.
  • Votre ressenti : pourquoi cela vous a affecté.
  • Les alternatives : comment d’autres personnes, un autre contexte aurait pu arranger la situation.

4. Réfléchissez à des scénarios pour les situations difficiles

Les psychologues qui gèrent des problèmes de confiance en soi, de malaise « social », de complexe d’infériorité, travaillent parfois avec des jeux de rôle… pour vous confronter à des situations que vous jugez difficiles. Par exemple :

  • Apprendre à dire non.
  • Apprendre à répondre à une critique… qu’elle soit justifiée ou absolument « gratuite » !
  • Apprendre à demander quelque chose que vous n’osez pas demander… ou que vous ne pensez pas obtenir.
  • Apprendre à réagir à un compliment.

Tout seul, il est difficile de se lancer dans un jeu de rôle avec soi-même… mais vous pouvez vous entraîner en vous filmant, puis en regardant la vidéo ! C’est ce qu’on fait dans les cours de media training, quand on doit apprendre à prendre la parole dans les médias… Exercice horrible mais vous prenez subitement conscience de tous vos tics : le regard fuyant, les épaules voûtées, les « euuuuuuuh ».

Ca vous permet de vous auto-corriger : en pensant à vous tenir droit, à regarder en face (quitte à fixer un point légèrement au-dessus des yeux de votre interlocuteur pour donner l’impression de le regarder en face alors que vous regardez la racine de ses cheveux !), en parlant plus lentement pour limiter les « euuuuuuh ».

Se filmer pour détecter ses tics
Se filmer pour détecter ses mauvaises habitudes

Certaines personnes arrivent aussi à apprendre de cet exercice en imaginant ce que leur « modèle » aurait dit ou fait… comme si vous jouiez le rôle d’une autre personne.

Par exemple, face au client critique, vous auriez spontanément dit : « Euhhhhhhh… je suis désolé que le travail ne soit pas à la hauteur mais… euh… pourtant, j’ai l’impression que… c’était ce que vous vouliez… »
Imaginez que vous êtes votre collègue sûr de lui, vous auriez peut-être dit : « Monsieur Jones, je vous sens déçu, je vois bien que l’étude ne correspond pas à ce que vous attendiez. Pourtant, je vois plein de façons de s’en servir par rapport à votre problématique initiale. Attendez, je vais vous donner des exemples et vous allez me dire si ça vous parle davantage ».

Imaginez-vous comme un acteur qui doit interpréter un autre personnage. C’est « du faux »… mais du faux qui vous montre qu’il est possible de réagir autrement.

Pour paraître plus sûr de vous, pour que votre sentiment d’infériorité soit moins perceptible de l’extérieur, vous pouvez travailler sur différents axes :

  • Admettre que tout le monde ne pense pas comme vous et peut avoir une autre vision des choses.
  • Vérifier justement que vous n’êtes pas dans l’interprétation « abusive » : faites parler votre interlocuteur, demandez-lui si vous avez bien compris, reformulez ce qu’il exprime.
  • Ne pas généraliser : votre interlocuteur peut exprimer une critique sans remettre en cause l’intégralité de ce que vous êtes, de ce que vous faites. Il a le droit d’être frustré de son côté, ça ne signifie pas que vous soyez nul du vôtre !
  • Ne pas se justifier : se justifier, c’est reconnaître que vous êtes fautif. Devant votre interlocuteur, privilégiez la compréhension, les questions qui lui permettent d’exprimer son ressenti… et à partir de là, réfléchissez à une solution. Mais ne revenez pas sur le pourquoi du comment de qui est responsable. Après, tout seul, vous pourrez bien sûr voir comment améliorer votre travail ou votre présentation la prochaine fois. Mais pas tout de suite !

5. Testez vos scénarios en les ancrant dans le réel

Par le travail d’analyse que je viens d’évoquer, vous allez sûrement avoir en tête des pistes pour réagir différemment. Maintenant, il va falloir les tester sur le terrain.

Commencez par de petites choses : par exemple, vous essayer à dire non à une demande. J’ai récemment donné cet exercice à une personne de mon équipe, avec la méthode du « Oui, mais ». Le principe est de ne pas dire un grand NON radical à une demande… mais d’apprendre à la mettre à distance.

Par exemple, face à un client qui veut une analyse tout de suite maintenant sans attendre, au lieu de dire « Non, ce n’est pas possible » ou de paniquer, vous allez commencer votre phrase par « Oui, mais… » Par exemple : « Oui, mais votre demande exige du temps pour que l’analyse soit pertinente. Je pourrai vous faire un retour en milieu de semaine prochaine ». « Oui, mais cette prestation n’était pas prévue dans le devis, je vous propose de vous faire un devis complémentaire et on en discute ! »

Face à quelqu’un qui vous fait un compliment, au lieu de balbutier un « Non, c’est rien… », apprenez à répondre « Merci, ça me fait plaisir que tu me dises ça ».

Si on vous invite à prendre un café ou que vous avez pour habitude de fuir les « pauses café », essayez de vous joindre aux autres pour une fois, même si vous ne buvez pas de café. Un simple « Je descends avec vous, j’ai envie de prendre l’air 5 minutes » et le tour est joué !

C’est à travers ces petites interactions sociales du quotidien, qui ne sont pas naturelles pour vous au premier abord, que vous allez vous habituer à la diversité des réactions des gens et savoir comment réagir de manière un peu plus instinctive.

6. L’intérêt d’une vraie thérapie

Le complexe d’infériorité, et plus largement le manque de confiance en soi, peuvent être de vrais freins dans votre vie sociale, personnelle et professionnelle. Il peut vous brider alors que vous possédez plein de capacités, se mettre en travers de vos ambitions et de vos projets : par peur de ne pas être à la hauteur, vous allez parfois renoncer alors que vous auriez pu poser les premières briques de votre réussite.

Le sentiment d’infériorité a souvent des causes assez profondes : un manque de valorisation dans l’enfance par les parents, une éducation trop stricte où l’enfant a l’impression que ce qu’il fait n’est jamais assez bien, des critiques constantes ou du harcèlement, une maladie comme la dépression, le fait de grandir dans un environnement où vous avez peu développé vos compétences pour interagir avec les autres, la pression sociale (le fait, par exemple, de devoir évoluer dans un milieu très différent du vôtre)…

C’est très difficile de se sortir de ça sans aide extérieure… et si vous sentez que cela vous met des bâtons dans les roues dans vos projets, il peut être très intéressant d’engager une thérapie cognitive et comportementale (TCC). Cette forme de thérapie est très adaptée aux problèmes de confiance en soi, et très concrète aussi (vous allez apprendre à repérer les comportements qui sont toxiques pour vous, à modifier les « pensées automatiques » que vous avez tendance à avoir et à adopter de nouvelles attitudes).

Quand on veut devenir entrepreneur, on pense souvent à tous les aspects opérationnels et pratiques, à l’investissement nécessaire en matériel, en formations, en publicité… mais investir en vous peut s’avérer tout aussi important si vous pensez avoir un problème qui vous bloque dans vos projets.

Si vous souhaitez continuer à vous documenter sur ce sujet, je vous conseille la lecture du livre de Frédéric Fanget Oser : thérapie de la confiance en soi.


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4 commentaires sur “7 symptômes du complexe d’infériorité et 6 solutions

  • Marlène

    Article super intéressant ! Le fait d’être plus objectif et prendre du recul sur une situation me fait penser au livre de Fabien Olicard « Le bonheur est caché dans un coin de votre cerveau ». Pas tout à fait la même approche sur le complexe d’infériorité mais ça complète bien ton propos :)

    Répondre à Marlène
    • Marlène

      Hello, je ne connais pas ce livre mais au vu des avis que je suis allée regarder, il est populaire :)

      Répondre à Marlène
  • Nathalie

    Une vraie pépite! Bravo pour cet article de fond. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait qu’il faut avant tout investir en soi lorsqu’on veut être entrepreneur. Tout ce que tu décris est vraiment passionnant et tellement juste. Il va falloir que je relise l’article plusieurs fois tellement il est riche. :-)

    Répondre à Nathalie
    • Marlène

      Hello, je pense en tout cas qu’investir en soi est un aspect souvent négligé, peut-être moins évident que d’investir dans des outils, des logiciels…

      Répondre à Marlène


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